Le « rôle de leader européen » de la Bundeswehr
Le ministère fédéral de la Défense présente pour la première fois une stratégie militaire officielle pour la République fédérale. L'Allemagne doit devenir, y compris sur le plan militaire, la puissance centrale de l'Europe.
BERLIN (rapport exclusif) – Pour la première fois dans l’histoire de la République fédérale, le ministère fédéral de la Défense présente une stratégie militaire détaillée pour la Bundeswehr. Le document, dont les principaux éléments ont été présentés publiquement mercredi par le ministre de la Défense Boris Pistorius, réaffirme l’objectif de faire de la Bundeswehr « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe » d’ici 2035. Elle doit également « consolider son rôle de leader européen ». Il est question d’une force armée non seulement « innovante », mais aussi « technologiquement supérieure » à l’avenir. En conséquence, un nouveau profil de capacités pour la Bundeswehr prévoit non seulement un réarmement massif avec des armes à longue portée, mais aussi une « utilisation de l’automatisation et des capacités autonomes » dans la conduite future de la guerre. Cela implique, entre autres, un large recours à l’IA par les troupes. D’ici 2035 au plus tard, la Bundeswehr devrait atteindre, avec la réserve, un effectif de quelque 460 000 soldats. La réserve est également conçue comme un « pont » vers la société civile au service d’une militarisation sociale. Avec ces mesures, la République fédérale entend devenir la puissance centrale de l’Europe sur le plan militaire. Cela renforce sa domination sur le continent. Lire la suite
L'héritage d'Orbán, le cap de Magyar
Après la victoire de Péter Magyar, l'UE fait pression sur la Hongrie pour qu'elle mette rapidement en œuvre des réformes. Magyar se montre coopératif, mais prend ses distances par rapport aux intérêts des grands groupes allemands.
BRUXELLES/BERLIN/BUDAPEST (rapport exclusif) – Après la victoire écrasante du parti Tisza de Péter Magyar aux élections en Hongrie, les premières divergences avec la politique de l'UE et les intérêts des groupes allemands se dessinent. Magyar s'est engagé à ancrer fermement le pays dans l'UE et l'OTAN et envisage l'introduction de l'euro ; en outre, il mise, dans son cabinet désigné, sur des dirigeants de grands groupes ayant une expérience transatlantique. Cela marque un tournant par rapport à la coopération du Premier ministre sortant Viktor Orbán avec la Russie. Dans le même temps, Magyar critique les subventions accordées aux grands groupes et souhaite diversifier l’économie hongroise. Il prend ainsi ses distances avec les entreprises allemandes qui ont bénéficié pendant des années du soutien politique et financier du gouvernement Orbán. Près de 6 000 entreprises allemandes sont actives en Hongrie et ont transformé le pays en une partie centrale de l'arrière-cour industrielle de la République fédérale. Magyar rejette par ailleurs le pacte européen sur les migrations. Bruxelles fait pression : d'ici août, la Hongrie doit satisfaire à 25 conditions de réforme imposées par la Commission européenne afin de débloquer les subventions gelées pendant le mandat d'Orbán. Lire la suite
Des drones à longue portée pour l’Ukraine
Des coentreprises germano-ukrainiennes se lancent en Allemagne dans la production de drones d'une portée pouvant atteindre 1 500 kilomètres. Moscou laisse entendre qu'elle pourrait prendre pour cible ces sites de production.
BERLIN/KIEV/MOSCOU (rapport exclusif) – L'intensification de la production de drones en Allemagne et dans d'autres pays d'Europe occidentale pour les forces armées ukrainiennes suscite des menaces russes à l'encontre de ces sites. La semaine dernière, plusieurs entreprises allemandes ont annoncé la création de nouvelles coentreprises avec des fabricants de drones ukrainiens. Entre autres, la start-up de logiciels Auterion souhaite, en collaboration avec la société ukrainienne Airlogix, fabriquer dans une usine près de Munich des drones d’une portée de 1 000 à 1 500 kilomètres. Ceux-ci leur permettront d’attaquer des cibles situées profondément à l’intérieur du territoire russe.Grâce à ce type d’attaques, les forces armées ukrainiennes ont récemment infligé de lourds dommages à la Russie, notamment à d’importantes installations pétrolières. Le site allemand d’Airlogix figure sur une liste de 21 entreprises réparties dans plusieurs pays européens, dont on dit qu’elles entraînent, par leur production d’armes, les États où elles sont implantées « dans une guerre avec la Russie ». Jusqu’à présent, seule l’Ukraine a mené des attaques contre des cibles russes dans des pays tiers – notamment contre des pétroliers en Méditerranée. La Russie pourrait imiter cette pratique et attaquer elle aussi des cibles dans des pays tiers – par exemple des entreprises qui permettent des attaques contre son territoire. Lire la suite
Plans navals pour le Moyen-Orient
L'Allemagne prépare la participation de la Bundeswehr à l'opération navale prévue par la France dans le détroit d'Ormuz. Les dégâts subis par les bases militaires américaines au Moyen-Orient remettent en question leur avenir.
BERLIN/PARIS/TÉHÉRAN (rapport exclusif) – Le gouvernement fédéral prépare la participation de la Bundeswehr à l'opération navale planifiée par la France pour sécuriser le détroit d'Ormuz. Le chancelier fédéral Friedrich Merz souhaite l'annoncer officiellement ce vendredi à Paris, comme cela a été rapporté jeudi. Une réunion préparatoire à cette opération s'y tient aujourd’hui. Celle-ci ne doit toutefois commencer qu'après la fin de la guerre contre l'Iran et être strictement défensive. Par cette opération, la France se positionne comme une puissance protectrice complémentaire ou alternative pour les États arabes du Golfe. Chez ces derniers, le mécontentement à l'égard des États-Unis s'accroît actuellement : ces derniers se présentent comme leur puissance protectrice depuis des décennies, mais n'offrent plus de protection efficace aujourd'hui et, par ailleurs, ont plongé la région dans la guerre contre l'Iran.Des experts des États-Unis soulignent que les dégâts infligés par l'Iran aux bases US au Moyen-Orient sont si importants que leur utilisation future n'est plus incontestée pour Washington. Alors que Paris souhaite mener l'opération navale pour sécuriser le détroit d'Ormuz sans les États-Unis, Berlin plaide pour une implication des forces armées des États-Unis – mais peut-être pas dans un rôle de commandement. Lire la suite
Les destructeurs de civilisations
L'annonce par Trump de bloquer le détroit d'Ormuz suscite l'approbation de Berlin. Auparavant, Merz avait déjà fait preuve d'une certaine compréhension pour la menace de Trump d'anéantir la civilisation iranienne.
BERLIN/WASHINGTON/TÉHÉRAN (rapport exclusif) – Le blocus du détroit d'Ormuz annoncé par le président américain Donald Trump suscite une approbation bienveillante à Berlin. Il était « urgent, » que les États-Unis privent l'Iran de toute « utilisation » du détroit et des revenus que Téhéran avait récemment tirés de son contrôle sur celui-ci, a déclaré hier dimanche le député CDU chargé des affaires étrangères, Norbert Röttgen. Auparavant, Trump avait annoncé que la marine américaine empêcherait tout navire de traverser le détroit d'Ormuz. Cela serait la conséquence de l'échec des négociations sur le règlement du conflit entre Washington et Téhéran. Les négociations ont été rompues ce week-end par les États-Unis parce que l'Iran n'était pas disposé à satisfaire pleinement aux exigences américaines. La rencontre a été assombrie par la menace de Trump de détruire entièrement les infrastructures civiles de l'Iran, de bombarder le pays « à l'âge de pierre » ou même d'anéantir sa « civilisation ». Cette dernière menace a suscité l'horreur dans le monde entier, mais a rencontré la compréhension au sein du gouvernement fédéral allemand. Trump a répété sa menace dimanche : « détruire définitivement le peu qu'il reste encore de l'Iran ». Lire la suite
Les fossoyeurs du droit international
Les avertissements concernant le rejet du droit international par le gouvernement fédéral sous la direction de Merz et par la Commission européenne sous celle de von der Leyen sont vivement rejetés à Berlin.
BERLIN/BRUXELLES (rapport exclusif) – Le gouvernement fédéral dirigé par le chancelier Friedrich Merz ainsi que la Commission européenne présidée par Ursula von der Leyen continuent de promouvoir le détournement de Berlin et de l'UE du droit international. Lors de l'une de ses premières réactions à l'agression des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, Merz avait fait des déclarations par lesquelles, selon l'avis d'experts de la Société allemande pour la politique étrangère (DGAP), il a apporté « en réalité son plein soutien politique à la guerre d'agression ». À ce jour, le gouvernement fédéral n'est toujours pas disposé à qualifier cette agression de violation du droit international. Ursula von der Leyen tient toujours des propos similaires ; elle a récemment déclaré, à propos du droit international, que « l'Europe » ne devait « plus être une gardienne de l'ancien ordre mondial ». Le président fédéral Frank-Walter Steinmeier, qui a critiqué mardi le fait que « notre politique étrangère » ne devienne « pas plus convaincante en ne qualifiant pas de violation du droit international ce qui en est une », est vivement attaqué pour cela, notamment par le président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag. Berlin s'ouvre ainsi à la position de l'administration Trump, selon laquelle les intérêts nationaux priment explicitement sur le droit international. Lire la suite
Les victimes des suites de la guerre
La guerre en Iran menace d'entraîner une paralysie économique aiguë dans de nombreux pays d'Asie et de provoquer une augmentation record du nombre de personnes souffrant de la faim. Berlin, alliée aux agresseurs, ignore cette situation.
NEW DELHI/ISLAMABAD/JAKARTA (rapport exclusif) – La guerre d’agression contre l’Iran, déclenchée par les Etats-Unis et Israël, deux proches alliés de la République fédérale, pèse lourdement sur de nombreux pays d’Asie en raison de l’interruption massive des livraisons de carburant via le détroit d’Ormuz. L’Inde, qui dépend fortement des livraisons de pétrole et de gaz en provenance de la région du Golfe, figure parmi les pays les plus touchés. Dans ce pays, des entreprises de tous types – des petits restaurants aux usines du plus grand groupe métallurgique du pays – sont menacées de fermeture. Au Pakistan et au Bangladesh, des mesures visant à réduire la consommation de carburant ont dû être annoncées, notamment la fermeture des écoles et des universités. L’Indonésie a également annoncé des mesures d’économie dans toutes les administrations publiques. Le Programme alimentaire mondial des Nations unies met en garde contre une aggravation de la crise alimentaire, qui pourrait faire augmenter de 45 millions le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. Actuellement, un léger soulagement se profile grâce à l'autorisation accordée par l'Iran aux navires de pays non hostiles de transiter par le détroit d'Ormuz. Berlin, alliée aux agresseurs, ne se soucie pas de la situation d'urgence en Asie du Sud et du Sud-Est. Lire la suite
La soumission de l'Amérique latine (II)
L’Allemagne ignore le blocus imposé des États-Unis contre Cuba ainsi que les autres mesures états-uniennes visant à soumettre l'Amérique latine. D'autres pays, comme l'Espagne, s'y opposent. Une flottille de solidarité est arrivée à Cuba.
BERLIN/WASHINGTON/LA HAVANE (rapport exclusif) – Le gouvernement fédéral ignore le blocus total des États-Unis contre Cuba et les nouvelles tentatives de l’administration Trump de soumettre toute l’Amérique latine, et cherche des « points d’accord transatlantiques ». Alors qu’une flottille internationale de solidarité est arrivée à La Havane ce week-end et que l’Espagne, membre de l’UE, envoie également des secours à cet État des Caraïbes, Berlin ne dit mot et mise sur un « partenariat » avec les États-Unis.Ces derniers exigent actuellement la chute du président cubain Miguel Díaz-Canel ainsi que la mise du pays sous leur commandement. Si le blocus imposé par les États-Unis à l’île depuis plus de six décennies y avait déjà causé de graves dommages, le blocus pétrolier actuel provoque des problèmes d’approvisionnement dramatiques. Le président des US Donald Trump déclare par ailleurs qu’il peut « faire ce qu’il veut » avec Cuba. Parallèlement, il a fondé une nouvelle organisation régionale (« Shield of the Americas »), composée uniquement d’États gouvernés par l’extrême droite et dirigée contre la Chine. En Colombie et au Brésil, les Etats-Unis s’ingèrent dans les campagnes électorales en cours, et ce, en faveur de candidats d’extrême droite dans les deux cas. Lire la suite
Les installations énergétiques sous le feu
L'UE veut sécuriser le détroit d'Ormuz après la fin des combats. Cela leur conférerait de l'influence dans la région. Des attaques contre le champ gazier de South Pars risquent de transformer la guerre en conflit régional généralisé.
BERLIN/TÉHÉRAN (rapport exclusif) – Lors de son sommet qui s’est tenu hier jeudi, l’UE a largement réaffirmé la position allemande concernant la guerre en Iran. Elle entend ainsi prendre des mesures « afin de garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », mais seulement lorsque « les conditions nécessaires seront en place » Cela correspond à l'annonce faite par le chancelier fédéral Friedrich Merz, qui a déclaré ne vouloir intervenir dans la région qu'après la fin de la guerre. Berlin et l'UE prévoient toutefois d'y afficher leur présence afin de s'assurer une plus grande influence au Moyen-Orient. La communication intervient alors que la région, après l'attaque israélienne contre le champ gazier iranien de South Pars, est au bord de l'extension de la guerre en un conflit régional généralisé. La raison en est, d'une part, qu'Israël cherche à détruire complètement l'Iran ; ce qui est considéré comme une condition préalable à la création d’un « Grand Israël », que l’ambassadeur américain dans le pays juge possible à l’issue des guerres. L'attaque contre le champ gazier ainsi que les contre-attaques iraniennes contre des installations énergétiques dans la péninsule arabique rendent par ailleurs plus difficile pour les États de la région de ne pas entrer dans la guerre. Dans le même temps, les Etats-Unis continuent de s’opposer à la Chine dans le cadre de la guerre contre l’Iran. Lire la suite
Le détroit d'Ormuz
Le débat sur la participation allemande à une opération navale dans le détroit d'Ormuz s'ouvre. L'escorte de pétroliers ne permettrait d'assurer que 10 % du trafic d'avant-guerre. Paris prévoit une coalition navale pour l’après-guerre.
BERLIN/PARIS/TÉHÉRAN (rapport exclusif) – À Berlin, les premiers plaidoyers en faveur d’une participation allemande à l’opération navale dans le détroit d’Ormuz, exigée par le président des US Donald Trump, se font entendre. Il serait « impératif » de « défendre militairement » la liberté de navigation dans le détroit au large des côtes iraniennes, déclare Thomas Röwekamp, responsable des questions militaires au sein de la CDU ; « une contribution allemande serait également nécessaire ». Cela va à l’encontre de la position du gouvernement fédéral, qui a jusqu’à présent rejeté toute participation allemande à d’éventuelles opérations des forces armées occidentales dans le détroit d’Ormuz. Les experts soulignent qu'il faudrait jusqu'à douze navires de guerre pour escorter cinq à dix pétroliers à travers le détroit. Cela n'offrirait toutefois aucune sécurité, car les troupes iraniennes pourraient attaquer à très courte distance. Une invasion US sur la côte sud de l'Iran serait une alternative envisageable, mais elle entraînerait à nouveau les forces terrestres US dans une guerre de long terme au Moyen-Orient. Parallèlement aux exigences des US, la France cherche à forger une coalition navale qui, avec la participation des États arabes, serait chargée de sécuriser le détroit d’Ormuz, mais seulement après un apaisement du conflit, dans lequel elle ne souhaite pas être impliquée. Lire la suite





