• À l'ère des armes nucléaires (II)

    L’OTAN envisage le déploiement d’armes nucléaires US supplémentaires en Europe – peut-être à proximité de la frontière russe. En février, le dernier accord sur le contrôle des armements nucléaires a expiré.

    BRUXELLES/WASHINGTON/BERLIN (de notre rédaction) – L’OTAN se prépare à un nouveau renforcement de son arsenal nucléaire en Europe et envisage le déploiement d’armes nucléaires près de la frontière avec la Russie. Comme on l’a appris à la fin de la semaine dernière, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, n’exclut pas le transfert d’armes nucléaires US supplémentaires sur le continent européen. Selon des experts, de nouvelles bombes atomiques américaines auraient déjà été déployées au Royaume-Uni. Parmi les sites potentiels cités figurent des pays situés à proximité ou à la frontière de la Russie, notamment la Finlande et la Lituanie. Pour permettre cette mesure, la Lituanie est en train de modifier sa Constitution. Le chancelier fédéral Friedrich Merz a récemment laissé entendre qu’il y était favorable. M. Rutte admet publiquement que ce projet est assez « délicat » au regard d’une « Russie dotée de l’arme nucléaire ». Les Etats-Unis ont entre-temps remplacé leurs bombes stockées à Büchel par le nouveau modèle B61-12, qui peut être utilisé à des fins « tactiques », ce qui abaisse le seuil de la guerre nucléaire. La modernisation de Büchel, nécessaire à la mise à niveau des capacités nucléaires, coûte des milliards. Parallèlement, la France procède également à un renforcement de son arsenal nucléaire national, en coordination avec la République fédérale d’Allemagne. Lire la suite

  • « Fixer de nouvelles priorités »

    Merz réclame des coupes de plusieurs centaines de milliards dans le prochain budget pluriannuel. Cela se ferait au détriment des agriculteurs français. Berlin souhaite tout consacrer à son programme d’armement.

    BRUXELLES/BERLIN/DUBLIN (de notre rédaction) – Le chancelier fédéral Friedrich Merz continue d’exiger, sur un ton sans appel, des coupes drastiques dans le futur budget pluriannuel de l’UE. Ces coupes devraient s’élever à « plusieurs centaines de milliards d’euros », a exigé M. Merz mardi lors d’une rencontre avec le Premier ministre irlandais Micheál Martin. M. Martin est actuellement en charge des négociations budgétaires, l’Irlande assurant la présidence du Conseil de l’UE. Si le gouvernement fédéral allemand parvient à imposer ses exigences, cela se ferait notamment au détriment du budget agricole de l’UE et, par conséquent, tout particulièrement au détriment des agriculteurs français. Ces derniers ont déjà dû essuyer des pertes suite à l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. À cela s’ajoute le fait que la France risque également d’être distancée par l’Allemagne dans le domaine de l’industrie de l’armement et des forces armées, où elle disposait traditionnellement d’une longueur d’avance au sein de l’UE. Tout cela renforce la domination allemande au sein de l’UE. Alors que Merz affirme que Berlin ne peut pas supporter de dépenses supplémentaires pour le budget de l’UE, le gouvernement fédéral allemand prévoit de contracter une nouvelle dette de 838 milliards d’euros rien que pour la période 2027-2030 – principalement pour le réarmement. Lire la suite

  • Complicité dans une guerre d’agression

    Pour renforcer leur présence aérienne au Moyen-Orient et élargir la guerre, les États-Unis réutilisent des infrastructures en Allemagne. Selon des juristes, la tolérance de Berlin équivaut à une complicité dans une guerre d'agression.

    TÉHÉRAN/WASHINGTON/BERLIN (de notre rédaction) – Dans le cadre du renforcement de la présence aérienne US au Moyen-Orient en vue de préparer une extension de la guerre d'agression contre l'Iran, les forces armées US utilisent à nouveau des infrastructures militaires en Allemagne. Ainsi, comme avant le début de la guerre et durant les quarante premiers jours, des chasseurs et des troupes sont déployés via la base aérienne US de Ramstein vers la péninsule arabique, où ils se tiennent prêts pour la vague d'attaques renforcée annoncée. La base aérienne US de Spangdahlem est également impliquée ; des F-16 qui y stationnent ont été transférés la semaine dernière vers la zone de déploiement au Moyen-Orient, alors qu'ils venaient de rentrer d'une mission de guerre quelques semaines auparavant. L’hôpital militaire US de Landstuhl revêt également une grande importance ; c’est le plus grand établissement de ce type au monde. Ces derniers jours, près d’une douzaine de militaires US, dont certains gravement blessés, y ont été transportés pour y être soignés. Le nombre de secouristes dans cet hôpital a par ailleurs été récemment augmenté de plus de 150, en prévision d’une hausse du nombre de victimes. Pour justifier l’extension de cette guerre d’agression illégale, le président US Donald Trump annonce des crimes de guerre. Berlin s’en rend complice. Lire la suite

  • À l'ère des armes nucléaires

    L'Allemagne et la France lancent les premiers exercices militaires concrets pour une coopération en cas d'emploi éventuel de l'arme nucléaire française. En parallèle, le débat sur une « bombe allemande » se poursuit.

    PARIS/BERLIN (de notre rédaction) – L’Allemagne et la France ont mené leurs premiers exercices concrets en vue d’une coopération dans le cadre d’éventuelles interventions françaises impliquant des armes nucléaires. À l’occasion du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, qui s’est tenu vendredi à la base aérienne de Nörvenich, au sud-ouest de Cologne, deux avions de combat Mirage des forces nucléaires françaises ainsi que deux Eurofighter allemands ont effectué des exercices, notamment de ravitaillement en vol. L’envoi de militaires allemands en tant qu’observateurs à un exercice français portant sur les armes nucléaires est prévu cet automne. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la stratégie de « dissuasion avancée » que le président Emmanuel Macron a présentée publiquement le 2 mars et qui prévoit l’implication d’autres États européens, dont l’Allemagne. Toutefois, les États impliqués ne doivent participer ni à une éventuelle décision d’utilisation d’armes nucléaires, ni aux décisions concernant la planification de telles opérations. Paris conserve ainsi le commandement exclusif. C’est pourquoi Berlin s’y est longtemps opposé. Par ailleurs, le débat sur une « bombe allemande » se poursuit en République fédérale. Lire la suite

  • Une situation qui déraille (II)

    Berlin réfléchit à des missiles de croisière et roquettes franco-allemands pour calmer le mécontentement parisien face à son avancée dans l'armement. Paris mise sur son expérience opérationnelle et sa force nucléaire.

    PARIS/BERLIN (de notre rédaction) – À la veille de rencontres de haut niveau franco-allemandes ce jeudi et ce vendredi, le gouvernement fédéral s'efforce d'apaiser le mécontentement à Paris suscité par les récentes initiatives unilatérales de Berlin en matière militaire et d'armement. En France, l'intention ouvertement affichée par l'Allemagne de faire de la Bundeswehr la première force conventionnelle d'Europe suscite des inquiétudes croissantes, tout comme l'abandon de projets d'armement high-tech franco-allemands au profit de projets nationaux. Tout cela pourrait « déclasser » la France, prévient le chef d'état-major des armées, Fabien Mandon. À Berlin, afin de suggérer au moins un maintien de l'action commune, on envisage désormais une production franco-allemande de missiles de croisière et de missiles balistiques. Dans ces deux domaines, l'industrie d'armement allemande ne dispose jusqu'ici d'aucune capacité notable, contrairement à la française. Paris est prêt à coopérer, mais compte en même temps faire valoir davantage ses deux derniers atouts exclusifs – son expérience opérationnelle militaire et sa force nucléaire. Il prévoit des manœuvres agressives de la « coalition des volontaires » qu'il dirige ; il étend son « parapluie nucléaire » sur l’Europe. Lire la suite

  • Une situation qui déraille

    Malgré les tensions grandissantes entre Berlin et Paris, Merz assiste aujourd’hui au défilé à Paris. L’Allemagne s’est lancée dans une course à l’armement qui menace de surpasser la France – avec toutes les conséquences que cela implique.

    PARIS/BERLIN (de notre rédaction) – Des tensions qui s’intensifient rapidement entre l’Allemagne et la France accompagnent la présence du chancelier fédéral Friedrich Merz à Paris lors du défilé militaire organisé à l’occasion de la fête nationale française ce mardi. Le défilé est mené par environ 500 soldats issus des pays de la « coalition des volontaires » en soutien à l’Ukraine. Il est censé symboliser non seulement « l’armement stratégique de la France », mais surtout « le réveil stratégique de l’Europe », selon l’Élysée. Dans le même temps, il suscite un vif mécontentement à Paris que Berlin, après son retrait du projet commun de construction d'un avion de combat de sixième génération, ait non seulement lancé un projet national d'avion de combat, mais entende également développer unilatéralement le Combat Cloud associé à cet appareil – et non pas, comme convenu récemment encore, en coopération avec la France. Paris avait déjà été écarté auparavant lors de la mise en place d'un réseau satellitaire : Berlin travaille actuellement à la création d'un « Starlink allemand », ce qui risque de faire échouer un « Starlink européen » prévu depuis bien plus longtemps et auquel la France devait participer. Les experts avertissent que cette avancée allemande déséquilibre stratégiquement l’UE. Lire la suite

  • L'Europe face à la défaite dans le Golfe

    La controverse autour de l'intervention navale européenne dans le détroit d'Ormuz se poursuit. L'Iran refuse de l'autoriser et met en garde contre de graves conséquences. Berlin laisse entrevoir son retrait.

    TÉHÉRAN/BERLIN/PARIS (de notre rédaction) – Le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul annonce que les navires de guerre allemands resteront encore quelque temps à proximité relative du détroit d’Ormuz. Au cours de l’été, « on verra s’il existe un rôle réalisable et pertinent pour la Bundeswehr dans le déminage » de cette zone, a déclaré M. Wadephul hier, lundi. Peu avant, le ministre de la Défense, Boris Pistorius, avait déclaré qu’il ne voyait « aucun scénario » justifiant une participation de la Bundeswehr ; les deux navires de guerre ne devaient « pas attendre indéfiniment », mais rentrer en Allemagne dans un délai prévisible. L’Iran a réaffirmé à maintes reprises sa volonté de maintenir son contrôle sur le détroit d’Ormuz et a réagi à la tentative des Etats-Unis de faire passer des navires marchands par le détroit sans son autorisation en tirant sur un cargo et un pétrolier. Par ailleurs, Téhéran négocie avec Oman une gestion conjointe de cette voie maritime – qui pourrait inclure, le cas échéant, la perception non pas d’un péage, mais de redevances de service. Récemment, la France et la Grande-Bretagne ont déclaré vouloir garantir la « liberté de navigation » dans le détroit d’Ormuz. L’Iran les met en garde : s’ils agissaient ainsi, ils seraient « tenus pour responsables ». Lire la suite

  • Un signe de faiblesse

    L'UE reporte à octobre la résolution de son conflit commercial avec la Chine et renonce provisoirement aux droits de douane punitifs. Motif : elle perdrait une guerre économique contre la Chine ; c'est ce qu'a montré un jeu de simulation.

    BRUXELLES/PÉKIN (de notre rédaction) – L'UE renonce provisoirement aux droits de douane punitifs et à d'autres mesures contre les importations en provenance de Chine, et entend trouver d'ici octobre une solution avec Pékin dans le différend commercial avec la République populaire au sujet de son déficit commercial croissant. L'information a été confirmée lundi par le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, à l'issue d'entretiens approfondis avec le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, à Bruxelles. À l'origine du différend : la République populaire accroît nettement ses exportations vers l'UE, tandis que dans le même temps, la puissance exportatrice de l'Allemagne et de l'UE diminue. Selon une étude de l'Institut Kiel pour l'économie mondiale (IfW), cela tient pour l'essentiel à un manque d'investissements dans l'innovation en Allemagne. Berlin, en revanche, affirme que l'économie allemande est victime des subventions chinoises et d'une sous-évaluation massive du yuan. Alors que le chancelier Friedrich Merz a récemment menacé d'engager des mesures sévères contre Pékin, des experts mettent en garde : l'UE perdrait vraisemblablement une guerre économique contre la Chine ; c'est ce qu'aurait récemment montré un jeu de simulation au cours duquel des experts ont testé une escalade du conflit commercial. Dès lors, le renoncement actuel de l'UE aux droits de douane punitifs constitue un signe de faiblesse. Lire la suite

  • Scénario du massacre

    Des experts critiquent Berlin et l'UE, qui ne font pas pression sur les Émirats arabes unis pour mettre fin à leur soutien à la milice génocidaire RSF au Soudan, et ainsi à la guerre.

    KHARTOUM/ABU DHABI/BERLIN (de notre rédaction) - Des organisations de défense des droits humains et des experts en politique étrangère critiquent sévèrement l'immobilisme de Berlin et de l'UE face à la guerre génocidaire menée par la milice RSF au Soudan. Actuellement, un massacre de la RSF, qui combat depuis plus de trois ans contre les forces régulières, menace la ville d'Al Obeid, située stratégiquement entre la vallée du Nil et la région ouest-soudanaise du Darfour. Les RSF se préparent à conquérir Al Obeid. Auparavant, lors de la prise de villes au Darfour, elles avaient systématiquement assassiné des populations d'Afrique noire ; récemment, lors de la conquête d'Al Fashir, elles auraient massacré entre 60 000 et 100 000 personnes en raison de leur couleur de peau. Sur le plan économique et pour leurs achats d'armes, les RSF dépendent des Émirats arabes unis, qui soutiennent la milice pour des raisons géostratégiques. Les experts estiment que les États d'Europe et d'Amérique du Nord seraient en mesure d'exercer une pression suffisante sur les Émirats pour qu'ils cessent leur soutien aux RSF. Cela pourrait mettre fin à la guerre. Mais ils s'en abstiennent, car ils privilégient une coopération sans friction avec ce pays plutôt que la prévention de massacres génocidaires. Lire la suite

  • La base civile de la guerre

    Le gouvernement fédéral d'Allemagne travaille à créer les conditions sociales nécessaires à une mobilisation générale des forces civiles pour une éventuelle guerre contre la Russie.

    BERLIN (de notre rédaction) – En prévision d’une éventuelle guerre, le ministre de la Défense Boris Pistorius appelle les Länder à renforcer la « cohésion sociale ». La soi-disant « défense civile » doit « suivre le rythme » de l’armée, a exigé M. Pistorius à la fin de la semaine dernière lors de la conférence des ministres de l’Intérieur. L’État et la société doivent soutenir l’armée ; la société allemande dans son ensemble doit se préparer à une guerre contre la Russie. L’Allemagne serait menacée «comme elle ne l’a plus été depuis la Seconde Guerre mondiale». L’année dernière déjà, des experts issus de l’armée, de l’État et du monde économique avaient réclamé, dans un document stratégique, « la maximisation des prestations civiles » en vue du « déploiement prévu » vers l’Est. Pour cela, il faudrait « impliquer en permanence les civils et les organisations civiles, des pompiers aux exploitants d’infrastructures critiques, dans des projets d’exercices, de formation initiale et de formation continue adaptés ». Lors d’un exercice en avril, la Bundeswehr s’est particulièrement intéressée à l’analyse de la réaction de la population face à un déploiement militaire. Berlin s’attend à des manifestations de grande ampleur en cas de mobilisation. Les experts réclament donc le renforcement des appareils répressifs. Lire la suite