Un signe de faiblesse
L'UE reporte à octobre la résolution de son conflit commercial avec la Chine et renonce provisoirement aux droits de douane punitifs. Motif : elle perdrait une guerre économique contre la Chine ; c'est ce qu'a montré un jeu de simulation.
BRUXELLES/PÉKIN (de notre rédaction) – L'UE renonce provisoirement aux droits de douane punitifs et à d'autres mesures contre les importations en provenance de Chine, et entend trouver d'ici octobre une solution avec Pékin dans le différend commercial avec la République populaire au sujet de son déficit commercial croissant. L'information a été confirmée lundi par le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, à l'issue d'entretiens approfondis avec le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, à Bruxelles. À l'origine du différend : la République populaire accroît nettement ses exportations vers l'UE, tandis que dans le même temps, la puissance exportatrice de l'Allemagne et de l'UE diminue. Selon une étude de l'Institut Kiel pour l'économie mondiale (IfW), cela tient pour l'essentiel à un manque d'investissements dans l'innovation en Allemagne. Berlin, en revanche, affirme que l'économie allemande est victime des subventions chinoises et d'une sous-évaluation massive du yuan. Alors que le chancelier Friedrich Merz a récemment menacé d'engager des mesures sévères contre Pékin, des experts mettent en garde : l'UE perdrait vraisemblablement une guerre économique contre la Chine ; c'est ce qu'aurait récemment montré un jeu de simulation au cours duquel des experts ont testé une escalade du conflit commercial. Dès lors, le renoncement actuel de l'UE aux droits de douane punitifs constitue un signe de faiblesse. Lire la suite
Scénario du massacre
Des experts critiquent Berlin et l'UE, qui ne font pas pression sur les Émirats arabes unis pour mettre fin à leur soutien à la milice génocidaire RSF au Soudan, et ainsi à la guerre.
KHARTOUM/ABU DHABI/BERLIN (de notre rédaction) - Des organisations de défense des droits humains et des experts en politique étrangère critiquent sévèrement l'immobilisme de Berlin et de l'UE face à la guerre génocidaire menée par la milice RSF au Soudan. Actuellement, un massacre de la RSF, qui combat depuis plus de trois ans contre les forces régulières, menace la ville d'Al Obeid, située stratégiquement entre la vallée du Nil et la région ouest-soudanaise du Darfour. Les RSF se préparent à conquérir Al Obeid. Auparavant, lors de la prise de villes au Darfour, elles avaient systématiquement assassiné des populations d'Afrique noire ; récemment, lors de la conquête d'Al Fashir, elles auraient massacré entre 60 000 et 100 000 personnes en raison de leur couleur de peau. Sur le plan économique et pour leurs achats d'armes, les RSF dépendent des Émirats arabes unis, qui soutiennent la milice pour des raisons géostratégiques. Les experts estiment que les États d'Europe et d'Amérique du Nord seraient en mesure d'exercer une pression suffisante sur les Émirats pour qu'ils cessent leur soutien aux RSF. Cela pourrait mettre fin à la guerre. Mais ils s'en abstiennent, car ils privilégient une coopération sans friction avec ce pays plutôt que la prévention de massacres génocidaires. Lire la suite
La base civile de la guerre
Le gouvernement fédéral d'Allemagne travaille à créer les conditions sociales nécessaires à une mobilisation générale des forces civiles pour une éventuelle guerre contre la Russie.
BERLIN (de notre rédaction) – En prévision d’une éventuelle guerre, le ministre de la Défense Boris Pistorius appelle les Länder à renforcer la « cohésion sociale ». La soi-disant « défense civile » doit « suivre le rythme » de l’armée, a exigé M. Pistorius à la fin de la semaine dernière lors de la conférence des ministres de l’Intérieur. L’État et la société doivent soutenir l’armée ; la société allemande dans son ensemble doit se préparer à une guerre contre la Russie. L’Allemagne serait menacée «comme elle ne l’a plus été depuis la Seconde Guerre mondiale». L’année dernière déjà, des experts issus de l’armée, de l’État et du monde économique avaient réclamé, dans un document stratégique, « la maximisation des prestations civiles » en vue du « déploiement prévu » vers l’Est. Pour cela, il faudrait « impliquer en permanence les civils et les organisations civiles, des pompiers aux exploitants d’infrastructures critiques, dans des projets d’exercices, de formation initiale et de formation continue adaptés ». Lors d’un exercice en avril, la Bundeswehr s’est particulièrement intéressée à l’analyse de la réaction de la population face à un déploiement militaire. Berlin s’attend à des manifestations de grande ampleur en cas de mobilisation. Les experts réclament donc le renforcement des appareils répressifs. Lire la suite
Corridor de Lobito pour les matières premières
UE et États-Unis y investissent massivement, reliant Zambie-Congo à l'Atlantique. Officiellement pour le développement de l'Afrique, réellement pour concurrencer la Chine.
LUANDA/LUSAKA/BRUXELLES (de notre rédaction) – En Afrique australe, la concurrence entre la Chine, les Etats-Unis et l’Union européenne pour l’accès aux matières premières stratégiques s’intensifie. Le « corridor de Lobito », une liaison ferroviaire reliant la ceinture de cuivre de la Zambie et de la République démocratique du Congo au port angolais de Lobito, sur la côte atlantique, joue actuellement un rôle clé dans ce contexte. Ce projet d’infrastructure est considéré comme l’un des volets les plus importants de la stratégie européenne « Global Gateway » et est perçu par Bruxelles, mais aussi par Washington – qui y investit également –, comme un moyen de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine. À l’avenir, le cuivre, le cobalt, le lithium et d’autres matières premières nécessaires à la production de batteries, de véhicules électriques, de technologies numériques et de matériel militaire seront transportés vers l’ouest le long de ce tracé. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement d’une infrastructure déjà mise en place sous la domination coloniale afin de rendre les matières premières africaines disponibles à l’exportation. Les détracteurs affirment que le développement du corridor de Lobito ne fait que perpétuer, sous une nouvelle forme, les schémas existants d’extraction des matières premières. Lire la suite
Austérité et militarisation
Une conférence internationale anti-guerre à Londres s'oppose à la course à l’armement et au démantèlement des systèmes sociaux. Les protestations s’intensifient dans l’Europe. L’UE sape l’État de droit par des sanctions personnelles.
LONDRES/PARIS/BRUXELLES (de notre rédaction) – Avec les protestations internationales et les conférences anti-guerre, un nouveau mouvement contre la militarisation sans précédent en Europe gagne du terrain. L'avant-dernier dimanche, environ 12 000 personnes avaient déjà manifesté à Bruxelles sous la devise « Welfare, not Warfare » contre le réarmement et contre le démantèlement des systèmes sociaux, entrepris dans toute l'Europe pour financer ce réarmement. Ce samedi, une conférence internationale anti-guerre lui a succédé à Londres, où près de 3 000 personnes venues d'Europe, d'Amérique du Nord ainsi que du Proche et du Moyen-Orient ont également protesté contre la brutale politique de guerre de l'Occident et le pillage spectaculaire des systèmes de santé, de l'éducation et des retraites. « Austérité et militarisation sont les deux faces d'une même pièce », a lancé le président du syndicat britannique des boulangers BFAWU. De nouvelles manifestations à l’échelle européenne sont annoncées pour cet automne, notamment une journée d’action des dockers. La montée des protestations s'accompagne d'une répression croissante, visant notamment les journalistes, qui sont visés par des sanctions de l’UE sous prétexte qu’ils coopéreraient avec une puissance ennemie – la Russie. L’UE met ainsi en place un système répressif flexible, en dehors du cadre de l’État de droit, afin de garantir sa politique de guerre. Lire la suite
« Leader dans l’aviation militaire »
L’Allemagne doit devenir une nation aéronautique de premier plan au niveau international et occuper en particulier une position de leader dans l’aviation militaire en Europe. C’est ce qu’indique sa nouvelle stratégie aéronautique.
BERLIN/PARIS (de notre rédaction) – L’Allemagne doit devenir, dans les 15 prochaines années, une nation aéronautique de premier plan au niveau international et occuper en particulier une position de leader dans l’aviation militaire. C’est ce que révèle la nouvelle stratégie aéronautique allemande, récemment adoptée par le gouvernement fédéral. Ce document souligne l’importance du développement de capacités européennes et allemandes autonomes et met pour la première fois l’accent sur une coopération étroite entre l’aviation civile et militaire. Une attention particulière est accordée au développement des capacités allemandes en matière de drones ; il est en outre indiqué que l’Allemagne devrait à l’avenir être « leader en Europe » « dans la recherche, le développement et la production de technologies de pointe dans le domaine de l’aviation militaire ». C’est également dans cette optique que le chancelier fédéral Friedrich Merz a annoncé, au début de la semaine dernière, l’arrêt du développement de l’avion de combat franco-allemand de sixième génération, le plus moderne (Système de Combat Aérien du Futur, SCAF) : dans le cadre de ce projet, le groupe français Dassault assurait la direction industrielle et technologique. Huit entreprises allemandes doivent désormais prendre le relais, parmi lesquelles, outre Airbus, Hensoldt et Diehl Defence. Lire la suite
« Une victoire iranienne »
L’Allemagne insiste pour que des navires de guerre soient déployés dans le détroit d’Ormuz à la suite du cessez-le-feu. Téhéran a toutefois désormais pris le contrôle de ce détroit ; il cherche en outre à imposer un cessez-le-feu au Liban.
TÉHÉRAN/WASHINGTON/BERLIN (rapport exclusif) – Après l’accord entre les États-Unis et l’Iran sur un cessez-le-feu, le gouvernement fédéral allemand insiste pour que des navires de guerre allemands soient rapidement déployés dans le détroit d’Ormuz. La France et la Grande-Bretagne souhaitent commencer l’opération « d’ici quelques jours » ; l’Allemagne, en revanche, aura besoin d’au moins deux à trois semaines avant que la décision nécessaire du Bundestag ne soit prise, selon des sources à Berlin. Toutefois, on ignore encore sur quelle base cette mission doit être menée. Téhéran a imposé pendant la guerre son contrôle sur le détroit d’Ormuz, qu’il ne détenait pas avant le conflit ; il se réserve même le droit de percevoir des redevances - mais pas de péage - pour le passage dans le détroit et devrait, dans la pratique, y approuver toute mission navale germano-européenne : un succès important pour l’Iran. Un deuxième succès se profile dans le fait que Téhéran cherche à imposer un cessez-le-feu également pour le Liban. Les experts américains estiment sans détour que l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran est nettement moins favorable pour Washington qu’un accord qui aurait pu être conclu avant la guerre. On parle d’une « victoire iranienne ». Lire la suite
Tirer les leçons de l’Ukraine
Une conférence à Berlin réunit des représentants de start-ups allemandes de drones et des militaires ukrainiens issus d’unités qui honorent des collaborateurs nazis. Objectif : une coopération intensive pour la guerre high-tech.
BERLIN/KIEV (rapport exclusif) – Lors d’une conférence sur l’armement à Berlin lundi dernier, des représentants de start-ups allemandes de drones et des militaires d’unités ukrainiennes qui honorent des collaborateurs nazis ont débattu du développement de la guerre high-tech et de la fabrication des systèmes d’armes nécessaires à cet effet. À la conférence New Age Defence, à laquelle ont participé quelque 800 personnes, étaient présents entre autres des représentants de brigades de la Garde nationale ukrainienne qui utilisent des symboles de la Waffen-SS ou qui célèbrent des membres de l’OUN, une organisation fasciste de collaborateurs nazis ukrainiens. En coopération avec des militaires comme eux et en utilisant l’expérience ukrainienne du front, des entreprises allemandes développent leurs UxS – systèmes inhabités, où le x représente la diversité de ces systèmes dans les airs (drones), sur terre (robots) et sur l’eau (drones maritimes). À propos de New Age Defence, les organisateurs ont déclaré vouloir rapprocher davantage les fabricants, les soldats et la politique, et relier l’expérience ukrainienne du front au savoir-faire industriel en Allemagne. L’important était moins la fabrication d’innombrables armes que la mise à disposition de capacités de production capables, en cas de guerre, de produire en un éclair l’équipement militaire le plus moderne. Lire la suite
Les conséquences du double standard
L’Allemagne subit un sérieux revers avec l’échec de la candidature allemande à un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. Le double standard en matière de politique étrangère est considéré comme l’une des principales causes.
BERLIN/NEW YORK (rapport exclusif) – L’échec de la candidature allemande à un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies inflige un sérieux revers aux ambitions de politique mondiale du gouvernement fédéral. Avec seulement 104 voix, l’Allemagne est arrivée mercredi lors du vote à New York loin derrière des États nettement plus petits que sont le Portugal (134) et l’Autriche (131). L’une des principales causes largement reconnues est le double standard avec lequel Berlin opère : alors qu’il reproche sévèrement à des adversaires comme la Russie des violations supposées ou réelles du droit international, il accepte sans réagir les crimes d’alliés proches, comme ceux d’Israël ou des États-Unis. À l’avenir, on ne devra « appliquer aucun double standard en matière de droit international », peut-on lire désormais, en réaction à cet échec, y compris au sein du parti gouvernemental SPD. Cet événement montre également que la domination des grands États occidentaux dans la politique internationale s’effrite et que des pays plus petits comme l’Autriche ou le Portugal peuvent compter sur de nouvelles sympathies. Le gouvernement fédéral laisse entendre qu’il ne déposera une nouvelle candidature qu’à partir de la période 2035/36. Des voix s’élèvent pour réduire les contributions à l’ONU si l’on n’obtient pas de siège au Conseil de sécurité. Lire la suite
Au Panthéon des collaborateurs
L’Ukraine rapatrie les dépouilles de collaborateurs nazis, donne le nom de tueurs de masse à une unité de forces spéciales et planifie d’autres réinhumations. Deux célèbres collaborateurs nazis sont enterrés à Munich. Berlin se tait.
BERLIN/KIEV (rapport exclusif) – Le gouvernement fédéral se tait face aux hommages répétés rendus à Kiev à des collaborateurs nazis ukrainiens et à des criminels de masse – et ce, bien que les autorités allemandes puissent bientôt permettre de tels hommages supplémentaires. La semaine dernière, la dépouille d’Andrij Melnyk a été transférée du Luxembourg vers l’Ukraine et y a été réinhumée, en présence du président Volodymyr Zelensky. Melnyk était le chef de l’OUN(M) (Organisation des nationalistes ukrainiens Melnyk), une organisation de collaborateurs nazis ukrainiens dont beaucoup rejoignirent la division SS Galicie. De plus, Zelensky a décerné à une unité des forces spéciales ukrainiennes le titre de « Héros de l’UPA ». L’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) a massacré pendant la Seconde Guerre mondiale près de 100 000 Polonais et d’innombrables Juifs. Des protestations contre ces mesures sont venues de Pologne et d’Israël, mais pas du gouvernement fédéral. Kiev prévoit désormais la construction d’un « Panthéon des Ukrainiens éminents » et entend pour cela transférer d’autres collaborateurs des nazis. On discute du transfert des dépouilles de deux d’entre eux, qui sont enterrés à Munich. Les autorités allemandes devraient approuver cette démarche. Lire la suite







