• Berlin contre Paris

    De graves divergences franco-allemandes assombrissent le sommet extraordinaire de l'UE qui se tient ce jeudi. Le conflit est ancien : Berlin mise sur la déréglementation, Paris sur les euro-obligations pour les investissements importants.

    BERLIN/PARIS (rapport exclusif) – De graves divergences franco-allemandes assombrissent le sommet extraordinaire de l'UE sur la compétitivité qui se tient ce jeudi. L'objectif de ce sommet informel est de préparer de nouvelles mesures visant à rendre l'économie de l'UE plus compétitive. Il est ainsi indiqué que le marché intérieur doit être réformé de toute urgence, les barrières commerciales entre les différents États membres de l'UE équivalant à un taux de droits de douane de 45 % sur les marchandises et de 110 % sur les services. Si certains projets ne suscitent guère de contestation, la demande de privilégier les produits de l'UE dans les marchés publics est tout aussi controversée que la proposition de s'endetter collectivement au niveau européen pour financer des investissements importants dans des secteurs high-tech clés.La France est favorable aux deux mesures, tandis que l'Allemagne les rejette toutes les deux. En revanche, l'intention de renforcer les retraites privées afin de réaliser des investissements à partir des dépôts semble faire l'objet d'un consensus, sur le modèle d'un fonds de pension canadien, comme on le dit. Cela exposerait les retraites à de nouveaux risques. Un document conceptuel franco-allemand se prononce clairement en faveur de ce projet. Lire la suite

  • La politique du boulet de démolition

    Munich Security Report : Les Etats-Unis détruisent « l'ordre mondial d'après-guerre » qui leur assurait autrefois leur domination, car celui-ci ne remplit plus sa fonction. Dans le nouvel ordre, c'est la loi du plus fort qui prévaut.

    MUNICH (rapport exclusif) – À la veille de l'ouverture de la Conférence sur la sécurité de Munich vendredi prochain, les organisateurs de cet événement majeur considèrent que le monde traverse une « phase de la politique du boulet de démolition »». Actuellement, ce sont surtout les États-Unis qui s'emploient à détruire « l'ordre mondial d'après-guerre » qui leur avait autrefois permis d'imposer leurs intérêts dans le monde entier, selon le Munich Security Report publié hier lundi. La raison en est que des États concurrents ont réussi leur ascension dans cet « ordre ». Selon le document, l'administration Trump et les forces d'extrême droite en Europe peuvent s'appuyer, pour détruire l'« ordre » actuel, sur de larges couches de la population qui, face à une évolution largement critique, ne voient plus d'avenir pour elles-mêmes et sympathisent donc avec la « politique du boulet de démolition ».Toutefois, selon le Munich Security Report, cette politique n'aide pas « les moins forts », qu'elle « écrase » plutôt, mais « les plus puissants du système international ». Le rapport fait référence au nombre en forte augmentation de milliardaires dans le monde. La délégation US à la conférence de Munich sur la sécurité de cette année est dirigée par deux d'entre eux. Lire la suite

  • « Bas les armes, augmentez les salaires ! »

    Interview de Cinzia Della Porta sur la journée d'action contre la militarisation et la guerre dans plus de 20 ports de la Méditerranée, du Maroc à la Turquie en passant par l’Italie.

    ROME (rapport exclusif) – Ce vendredi, les travailleurs de plus de 20 des plus grands ports de la Méditerranée organisent une journée d'action pour protester contre la politique de militarisation de l'UE et contre l'utilisation des ports pour l'approvisionnement en armes dans la guerre en Ukraine et en Israël. Ils s'opposent à « la transformation de la Méditerranée en un carrefour pour l'économie de guerre », explique Cinzia Della Porta dans un entretien avec german-foreign-policy.com. Della Porta est membre du comité exécutif du syndicat italien Unione Sindacale di Base (USB), qui participe à l'organisation de la journée d'action. L'USB exige que les ports de la Méditerranée soient des « lieux de paix ». Della Porta souligne que les travailleurs sont toujours parmi les premiers à payer « le prix de la guerre », par exemple sous forme de réductions salariales ou de restrictions des droits syndicaux, qui sont des « conséquences directes de l'économie de guerre ». En outre, les dockers qui doivent charger des armes deviennent des complices involontaires de guerres qu'ils rejettent. Della Porta plaide pour que « la résistance à la guerre soit associée aux luttes sociales pour les salaires, les services publics et les droits des travailleurs ». Lire la suite

  • « La puissance centrale dirigeante de l'Europe »

    L'Allemagne doit dépasser la France dans les domaines de l'industrie de l'armement et de l'armée et devenir « la puissance centrale dirigeante de l'Europe ». Elle exige également qu'elle ait son mot à dire sur la Force de frappe.

    BERLIN/PARIS (rapport exclusif) – La France devrait mettre ses armes nucléaires à disposition en tant que bouclier nucléaire « européen » et accorder à l'Allemagne un droit de codécision « déterminant » sur « la forme que prendra le bouclier nucléaire européen ». C'est ce que demande David Preisendanz, député CDU au Bundestag, dans un article récemment publié dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. En contrepartie d'une « contribution financière substantielle » à la Force de frappe, Berlin doit pouvoir participer à sa « modernisation » et à son « extension tactique ». Cette exigence se fait entendre au moment même où la République fédérale a porté plusieurs défaites politiques et industriels à la France et se prépare désormais à s'imposer comme « la puissance centrale de l'Europe » (Preisendanz), non seulement sur le plan politique et économique, mais aussi sur le plan militaire. Berlin a ainsi imposé l'accord de libre-échange avec le Mercosur contre Paris et exclut les fabricants d'armes français de son programme de réarmement de plusieurs centaines de milliards d'euros, même lorsque cela va clairement à l'encontre des intérêts de l'UE, comme dans le cas du projet d'avion de combat FCAS, qui est sur le point d'échouer. L'Allemagne devient ainsi la première puissance militaire et d'armement européenne. Lire la suite

  • La voie vers la bombe (II)

    Les appels à la construction d'une bombe atomique allemande accompagnent le plaidoyer de Merz en faveur d'une nouvelle « politique de puissance » de l'UE. Un général de la Bundeswehr insiste sur la nécessité d'armes nucléaires tactiques.

    BERLIN (rapport exclusif) – Les appels à la construction d'une bombe atomique allemande ont accompagné jeudi dernier l'appel du chancelier fédéral Friedrich Merz en faveur d'une nouvelle « politique de puissance » de l'Union européenne. L'UE doit enfin « apprendre à parler le langage de la politique de puissance » et « devenir une puissance européenne », a exigé Merz dans sa déclaration gouvernementale, compte tenu de l'escalade de la lutte de pouvoir avec les Etats-Unis. Jeudi également, l'ancien ministre des Affaires étrangères Josef Fischer (Alliance 90/Les Verts) n'était pas le seul à avoir réclamé un armement nucléaire « européen ». À la suite d'un plaidoyer en faveur d'une bombe atomique allemande prononcé par un général de brigade à l'Académie de commandement de la Bundeswehr, des questions ont également été soulevées quant à la faisabilité d'un tel projet. Un expert de longue date du centre de recherche de Jülich a ainsi déclaré que l'usine d'enrichissement de Gronau pouvait facilement enrichir suffisamment d'uranium pour fabriquer « environ 340 ogives ». Cependant, le fait que le traité deux plus quatre devrait être révisé pour cela pose problème ; les questions de réparations issues de la Seconde Guerre mondiale reviendraient alors à l'ordre du jour, met en garde le politicien CDU Roderich Kiesewetter. Lire la suite

  • La nouvelle stratégie militaire des États-Unis

    La nouvelle stratégie militaire des États-Unis continue d’attribuer aux États européens de l’OTAN un rôle central dans l’endiguement de la Russie. Toutefois, elle passe sous silence la politique de force des États-Unis contre l’Europe.

    WASHINGTON/BERLIN (rapport exclusif) – La nouvelle stratégie militaire des États-Unis (National Defense Strategy), présentée à la fin de la semaine dernière, confirme également pour l’avenir le rôle central des États européens de l’OTAN dans l’endiguement de la Russie. Selon le document, Moscou restera dans un avenir prévisible « une menace persistante mais maîtrisable » pour les pays de l'OTAN d'Europe de l’Est. L'« Europe » continuera d'avoir pour mission de contenir la Russie, qu'elle surpasse toutefois « de loin en termes de performance économique, de population et donc aussi de puissance militaire latente ». Selon le document, les États-Unis continuent de mettre l'accent sur leur lutte pour le pouvoir contre la Chine, mais doivent toutefois ralentir le rythme. Selon les observateurs, la République populaire est déjà ponctuellement supérieure aux États-Unis dans le domaine de l'armement de haute technologie. Les Etats-Unis accélèrent leur réarmement et s'attachent pour l'instant à placer l'«hémisphère occidental» sous leur contrôle militaire. Le nouveau document stratégique n'aborde pas la politique de force menée par les US à l'égard de l'Europe. Celle-ci commence à conduire les Etats européens membres de l'OTAN à se positionner contre Washington. Lire la suite

  • Rupture de l'ordre mondial

    Plusieurs pays occidentaux, dont le Canada et la Grande-Bretagne, se tournent prudemment vers la Chine pour échapper à la domination des Etats-Unis. L'Allemagne et l'UE restent ambivalentes, mais tendent néanmoins des perches vers l’Est.

    OTTAWA/LONDRES/BERLIN (rapport exclusif) – Les gouvernements de certains pays occidentaux commencent à rétablir des relations plus étroites avec la Chine et s'efforcent ainsi de trouver des alternatives politiques et économiques à la soumission à l'administration Trump. La raison en est la volonté des États-Unis de mettre à genoux leurs alliés en Amérique du Nord et en Europe et de les piller de plus en plus. Le Canada, menacé d'annexion par Washington, a été le premier pays à conclure un partenariat stratégique avec la Chine la semaine dernière. Le Premier ministre Mark Carney a justifié cette décision dans un discours très remarqué prononcé lors du Forum économique mondial de Davos, en soulignant que l'on assistait actuellement à une « rupture de l'ordre mondial », due au fait que les grandes puissances ne s'imposaient plus « aucune contrainte ». Seule la coopération avec d'autres États permettrait d'échapper à la soumission. La Grande-Bretagne cherche également à renouer ses relations avec la République populaire. Des signaux contradictoires émanent de Berlin et de Bruxelles. Le Conseil européen des relations étrangères (ECFR) commente ainsi les conséquences de la politique de force menée par les US : « Trump is making China great again ». Lire la suite

  • « Préserver la souveraineté de l'UE »

    Les récentes menaces états-uniennes, qui prévoient des droits de douane sur huit pays d'Europe, déclenchent des débats. Les experts avertissent que si l'on ne donne pas une réponse ferme, le prochain chantage venant des États-Unis suivra.

    BERLIN/NUUK/WASHINGTON (rapport exclusif) – Les récentes menaces douanières du président des US Donald Trump suscitent de vives controverses en Allemagne et dans l'UE quant à la réponse appropriée à y apporter. Alors que des acteurs majeurs de l'économie allemande réclament des contre-mesures fermes, telles que le recours au « bazooka commercial » de l'UE, le président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, Jens Spahn, plaide en faveur d'une « réponse mesurée ». Un commentateur allemand influent suggère même de ne pas exclure la possibilité de renoncer au Groenland. Le Parlement européen, quant à lui, a déjà décidé d'une première contre-mesure et ne souhaite pas ratifier l'accord douanier avec les Etats-Unis pour une durée indéterminée. Les droits de douane sur les exportations américaines vers l'UE ne seront donc pas réduits à zéro comme prévu. Alors que le président français Emmanuel Macron souhaite utiliser le « bazooka commercial », la Première ministre italienne Giorgia Meloni, proche de Trump, s'y oppose. Les experts avertissent qu'en renonçant à une réaction ferme, on invite Trump à passer à la prochaine étape de chantage. Aux Etats-Unis, on spécule déjà – prétendument pour plaisanter – sur la possibilité de faire de l'Islande, un État souverain, le 52e État US. Lire la suite

  • Exercices militaires au Groenland (II)

    Après l'envoi de militaires de huit pays européens au Groenland, le conflit avec les Etats-Unis s'intensifie. Trump annonce des droits de douane punitifs élevés jusqu'à ce que le Groenland passe sous souveraineté états-unienne.

    BERLIN/NUUK/WASHINGTON (rapport exclusif) – Après l'envoi de soldats de huit pays européens membres de l'OTAN, dont l'Allemagne, au Groenland, le conflit autour de cette île appartenant au Danemark s'intensifie avec de nouvelles menaces douanières de la part de l'administration Trump. Le président américain Donald Trump a annoncé samedi son intention d'imposer des droits de douane supplémentaires de 10 % à partir du 1er février et de 25 % à partir du 1er juin sur toutes les importations en provenance des huit pays, jusqu'à ce que le Groenland passe sous souveraineté états-unienne. Jusqu'à présent, la majorité des pays de l'UE ont déclaré qu'ils ne se plieraient pas à cette exigence et qu'ils insisteraient sur l'intégrité territoriale du Danemark. L'envoi de militaires – dans un premier temps uniquement dans le cadre d'une mission de reconnaissance – s'inscrit dans le prolongement de l'expansion, depuis près de dix ans, des activités militaires de la Bundeswehr dans le Grand Nord européen et dans l'Arctique, qui s'étendent déjà de la Norvège au Canada en passant par l'Islande et qui ont atteint pour la première fois le Groenland l'année dernière. Jusqu'à présent, elles visaient exclusivement la Russie. Aujourd'hui, avec ses activités au Groenland, la Bundeswehr se positionne pour la toute première fois directement contre les intérêts des Etats-Unis. Lire la suite

  • La guerre intérieure

    Pour la première fois, les sanctions de l'UE empêchent un journaliste allemand critique de subvenir à ses besoins alimentaires et à ceux de sa famille. Elles permettent de supprimer les médias critiques.

    BERLIN/BRUXELLES/WASHINGTON (rapport exclusif) – Pour la première fois, les sanctions de l'UE privent un journaliste critique en Allemagne de toute possibilité de subvenir à ses besoins alimentaires et à ceux de sa famille. Le journaliste allemand Hüseyin Doğru, qui, depuis mai dernier, n'est plus autorisé à gagner ni à dépenser de l'argent en raison des sanctions de l'UE, ne reçoit même plus depuis peu de sa banque la somme humanitaire exceptionnelle dont il a besoin pour acheter de la nourriture pour lui-même et sa famille. L'UE lui a imposé des sanctions parce qu'il défend des positions pro-palestiniennes. Elle a également pris des mesures similaires à l'encontre du journaliste suisse Jacques Baud, connu pour ses positions contraires à celles de l'UE concernant la guerre en Ukraine. Le ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré que de telles sanctions « continueraient » d'être imposées. Bruxelles se met ainsi en position d'éliminer les médias critiques à grande échelle, sans aucun contrôle judiciaire. Dans le même temps, les mesures US font en sorte que les organisations indésirables perdent leurs comptes bancaires et se trouvent ainsi dans l'incapacité de poursuivre leurs activités critiques. Il devient ainsi possible d'éliminer l'opposition. Lire la suite