• L'axe Berlin-RN

    L'Allemagne commence à échanger avec Jordan Bardella, du parti d'extrême droite Rassemblement National (RN), qui pourrait devenir le prochain président français. Bardella souhaite lutter contre la domination allemande au sein de l'UE.

    PARIS/BERLIN (rapport exclusif) – L'Allemagne commence à se concerter avec Jordan Bardella, du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN), dans l'éventualité de sa victoire à l'élection présidentielle française en avril prochain. Comme cela a été récemment révélé, Bardella a rencontré en février l’ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne en France – il est le tout premier politicien du RN à l’avoir fait. La semaine dernière, il a en outre annoncé dans une interview accordée à un grand journal allemand qu’après une victoire électorale, il souhaitait coopérer étroitement avec le gouvernement fédéral allemand là où cela serait possible – par exemple en matière de lutte contre l’immigration clandestine. Il fait l’éloge des contrôles aux frontières allemands. Bardella, qui arrive en tête des sondages pour l’élection présidentielle, est soutenu par l’empire médiatique du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré ; il est conseillé sur les questions économiques par un proche collaborateur du milliardaire, Pierre-Édouard Stérin. La direction du RN échange désormais avec des chefs d’entreprise français de premier plan, parmi lesquels les dirigeants d’Airbus, de TotalEnergies et de Renault, ainsi que le patron du groupe de luxe LVMH, Bernard Arnault, l’homme le plus riche hors des US. Bardella entend lutter contre la domination allemande au sein de l’UE. Lire la suite

  • Plongés délibérément dans la misère

    Les bouleversements économiques provoqués par les Etats-Unis et Israël avec la guerre contre l’Iran plongent encore davantage les pays du Sud dans la pauvreté. Berlin reste silencieux face aux conséquences de l’agression de ses alliés.

    WASHINGTON/BERLIN (rapport exclusif) – La guerre menée par deux des plus proches alliés de l’Allemagne, les Etats-Unis et Israël, contre l’Iran plonge de nombreux pays du Sud dans une crise profonde. Non seulement le choc des prix du pétrole résultant du blocage de facto du détroit d’Ormuz aggrave leur situation, déjà précaire pour la plupart. De plus, l'interruption d'un tiers de l'approvisionnement mondial en engrais - ce volume était également transporté par le détroit d'Ormuz - menace la sécurité alimentaire mondiale et risque, dans un très proche avenir, de précipiter 45 millions de personnes dans une faim aiguë dans le monde. Dans le même temps, l’Afrique doit se préparer à une pénurie de produits médicaux, car le continent en importe une grande partie via le Moyen-Orient. De plus, le triple choc provoqué par la crise énergétique et alimentaire ainsi que par le ralentissement de la croissance économique lié à la guerre menace de plonger plus de 32 millions de personnes dans la pauvreté à l’échelle mondiale - principalement dans les pays en développement. Le gouvernement fédéral allemand, qui cherche habituellement à se présenter comme un champion des droits de l’homme et de l’humanité, reste silencieux face aux conséquences désastreuses, pour les populations les plus pauvres du monde, de la guerre d’agression menée par ses alliés en violation du droit international. Lire la suite

  • La bataille des esprits

    La Bundeswehr (l’armée fédérale allemande) accélère l’utilisation des données et des informations pour la « guerre de l’information ». L’objectif est «d’influencer les réactions des adversaires, des alliés et des civils».

    BERLIN (rapport exclusif) – La Bundeswehr accélère l’utilisation des données et des informations tant pour les opérations sur le champ de bataille que pour les activités de propagande classiques. Tout récemment s’est achevé le manœuvre Active Volcano 2026, au cours duquel environ 300 soldats de 15 États placés sous commandement allemand ont répété la « guerre de l’information ». Il s’agissait, entre autres, par la diffusion d’informations, d’« influencer les réactions des adversaires, des alliés et des civils », explique la Bundeswehr. Un an plus tôt déjà, lors d’Active Volcano 2025, les forces armées s’étaient entraînées à influencer l’opinion publique, « de la planification stratégique à la production médiatique » en passant par des opérations d’influence tactiques concrètes. Le secteur privé est également impliqué. Le groupe d’armement Airbus, par exemple, commercialise un « modèle de formation à la guerre de l’information » qui « simule une infosphère complète », ainsi que des outils numériques pour « la collecte et l’analyse de contenus sur les réseaux sociaux » ; il faudrait utiliser la technologie d’Airbus pour « neutraliser » la « désinformation » dès sa source. Les opinions indésirables sont délibérément qualifiées de « pro-russes » et mises à l’écart. Lire la suite

  • « La perspective de la paix »

    Entretien avec Ulrike Eifler sur le combat de plus en plus intense des syndicats, aux niveaux national et international, contre la menace de guerre, et sur les raisons pour lesquelles ce combat est incontournable pour les syndicats.

    AIX-LA-CHAPELLE german-foreign-policy.com s’est entretenu avec Ulrike Eifler au sujet du combat de plus en plus intense mené par les syndicats contre la militarisation et la menace de guerre. Ulrike Eifler est secrétaire syndicale à Würzburg et s’engage depuis des années en faveur d’une politique de paix résolue de la part des syndicats. Cet engagement est une nécessité, car « lorsqu'une société se militarise », « le monde du travail se militarise » lui aussi. On le constate très concrètement aujourd’hui, conséquence du « réarmement du siècle » mené actuellement par le gouvernement fédéral allemand. Ainsi, les infirmières doivent apprendre à soigner les blessures de guerre, tandis que les employées de l’Agence pour l’emploi sont formées pour orienter les chômeurs vers la Bundeswehr. Les syndicats devraient s’engager encore davantage sur cette question ; notamment parce que tout ce qu’ils défendent – des augmentations salariales à la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle – n’est possible « qu’en temps de paix ». « En temps de guerre, cela ne fonctionne pas », constate Eifler. Elle attire l’attention sur la quatrième conférence syndicale pour la paix, qui se tiendra les 24 et 25 juillet à Würzburg, ainsi que sur une conférence internationale contre la guerre organisée par le mouvement ouvrier le 20 juin à Londres. Lire la suite

  • « S’opposer à temps »

    Entretien avec Hannes Kramer sur les grèves scolaires contre le service militaire obligatoire, sur la façon dont la jeune génération est marquée par les crises, ainsi que sur les mesures prises par l’État contre ces grèves.

    AIX-LA-CHAPELLE german-foreign-policy.com s'est entretenu avec Hannes Kramer au sujet du mouvement de grève scolaire, qui appelle ce vendredi à la troisième grève scolaire nationale. Kramer est l’un des porte-parole des grèves scolaires contre le service militaire obligatoire, lors desquelles, le 5 décembre 2025 et le 5 mars 2026, environ 55 000 élèves ont manifesté contre la loi de modernisation du service militaire obligatoire et la menace de sa réintroduction. Ils réclament non seulement l’abandon du service militaire obligatoire et des visites médicales, mais aussi que les sommes colossales actuellement consacrées à l’armement soient plutôt affectées à l’éducation et aux affaires sociales. Les grèves scolaires subissent une pression croissante de la part des autorités publiques ; et même les services de protection de la Constitution – les services secrets intérieurs allemands – contactent désormais les élèves qui s’engagent dans les grèves, y compris les moins de 18 ans. Kramer rappelle que la jeune génération qui proteste contre le service militaire obligatoire est fortement marquée par le vécu de nombreuses crises. Outre son engagement dans le cadre des grèves scolaires, il est membre de la SDAJ et du DKP. Lire la suite

  • Les armes à moyenne portée de l'Europe

    En Allemagne, suite à l'annonce de Trump de retirer les soldats US et de ne pas déployer de Tomahawks, des voix s'élèvent pour réclamer une production rapide d'armes à moyenne portée propres, d'une portée pouvant atteindre Moscou.

    WASHINGTON/BERLIN (rapport exclusif) – Suite à l’annonce du président des US Donald Trump de ne pas stationner d’armes à moyenne portée en Allemagne, des voix s’élèvent à Berlin pour réclamer un développement accéléré de missiles propres d’une portée atteignant Moscou. Trump avait déclaré à la fin de la semaine dernière qu’il retirerait 5 000 soldats américains d’Europe et renoncerait au déploiement, prévu de longue date, de missiles de croisière Tomahawk, par exemple. Cette décision est largement interprétée comme une sanction à l’encontre des déclarations critiques du chancelier fédéral Friedrich Merz concernant la guerre des US contre l’Iran. À Berlin, on estime que l’absence d’armes à moyenne portée empêcherait, en cas de guerre, la destruction des centres de commandement russes et creuserait ainsi une lacune douloureuse dans les plans de guerre de la République fédérale et des autres États européens. Il faudrait donc désormais accélérer le développement de ses propres armes à moyenne portée, d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, plus rapidement que prévu. Mais des critiques à l'égard de la mesure de Trump s'élèvent également parmi les militaires US. Ils soulignent que cette décision affaiblit l'infrastructure des forces armées US pour leurs guerres mondiales, comme la base militaire de Ramstein. Lire la suite

  • Un contrat aux dépens d’autrui

    L’UE met provisoirement en vigueur l’accord de libre-échange avec le Mercosur le 1er mai. Cet accord augmente surtout les débouchés pour l’industrie allemande, tandis que le Mercosur est réduit au rôle de fournisseur de matières premières.

    BERLIN/BRASÍLIA (rapport exclusif) – Sans l’examen juridique exigé par le Parlement européen devant la Cour de justice de l’Union européenne, la Commission européenne met provisoirement en vigueur l’accord de libre-échange avec le Mercosur à compter de demain, 1er mai. Alors que le président français Emmanuel Macron critique cette «mauvaise procédure», le chancelier fédéral Friedrich Merz considère déjà l’accord comme permanent : « Provisoire, mesdames et messieurs, signifie définitif », a-t-il déclaré au salon de Hanovre. Les suppressions de droits de douane prévues dans cet accord commercial promettent de meilleures affaires surtout aux constructeurs automobiles allemands, aux mécaniciens, aux groupes chimiques et aux entreprises pharmaceutiques. De l’autre côté de l’Atlantique, ce sont principalement les grands agriculteurs qui profitent de l’ouverture du marché européen, tandis que le secteur industriel des quatre États du Mercosur subit une pression accrue. Des critiques brésiliens mettent en garde contre les conséquences de la promotion du modèle agro-industriel pour les communautés autochtones, la forêt tropicale, ainsi que l’eau, les sols et l’air. Dans les déséquilibres commerciaux cimentés par cet accord, qui réduisent largement l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay au rôle de fournisseurs de matières premières, ils voient perpétuer des schémas néocoloniaux. Lire la suite

  • « Payer la note pour les deux »

    Entretien avec Peter Mertens sur la vague actuelle de protestations sociales de grande ampleur en Belgique, sur le lien entre les coupes sociales et la militarisation en Europe, et sur la lutte pour des alternatives.

    BRUXELLES german-foreign-policy.com s’est entretenu avec Peter Mertens à propos de la vague de protestations qui dure depuis plus d’un an en Belgique contre la dégradation des droits des ouvriers et des normes sociales. Mertens est auteur et secrétaire général du Parti du Travail de Belgique (PVDA-PTB), qui a participé dès le début aux manifestations et grèves menées par les syndicats et qui est actuellement, selon les sondages électoraux dans la région de la capitale Bruxelles, la première force politique avec plus d’un quart des voix. Mertens juge que le lien entre les protestations sociales et la lutte contre la militarisation est évident : « Ce sont les mêmes personnes qui paient la note pour les deux » ; cela ne peut plus être ignoré. Il s’agit, dans ces protestations, entre autres, de restaurer « la confiance des gens en leur force collective ». Mertens rappelle qu’en 1945, même en Occident, la puissance des gigantesques groupes industriels était considérée comme l’une des principales causes de la militarisation et de la guerre. Son livre « De laatste dagen van het oude normaal » (« Les derniers jours de l’ancienne normalité ») paraîtra prochainement. Il a récemment publié son ouvrage « Mutinerie ». Lire la suite

  • La militarisation du monde

    L’Allemagne et l’Europe poussent l’escalade mondiale des armements avec une augmentation à deux chiffres de leurs budgets militaires. Les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau record en 2025. La pauvreté continue de sévir.

    BERLIN/BRUXELLES (rapport exclusif) – L'Allemagne, avec une augmentation à deux chiffres de son budget militaire, stimule l'escalade des armements en Europe, et l'Europe, par une hausse elle aussi à deux chiffres de ses budgets de la défense, accélère l'escalade des armements dans le monde : tel est l'un des résultats de la dernière analyse de l'institut de recherche SIPRI sur l'évolution des dépenses d'armement mondiales. Selon le SIPRI, les dépenses pour la Bundeswehr ont été accrues de 24 % en 2025 pour atteindre 114 milliards de dollars US, tandis que les dépenses européennes pour les armées du continent ont été relevées de 14 %. Ainsi, l'Allemagne et les États européens se trouvent en tête du boom de l'armement à l'échelle mondiale, qui a porté les dépenses militaires globales à 2 887 milliards de dollars US, soit une hausse de 2,9 % par rapport à l'année précédente. Pour la première fois, 2,5 % de la production économique totale de tous les États ont ainsi été gaspillés en armements, alors que près d'un dixième de la population mondiale vit toujours dans une pauvreté extrême et que les guerres, auxquelles mène cette escalade des armements, aggravent encore la faim et la misère. En Allemagne et dans l'UE également, environ un cinquième de la population est menacé par la pauvreté. Des coupes dans les budgets sociaux en faveur de l'escalade des armements sont à prévoir. Lire la suite

  • Le « rôle de leader européen » de la Bundeswehr

    Le ministère fédéral de la Défense présente pour la première fois une stratégie militaire officielle pour la République fédérale. L'Allemagne doit devenir, y compris sur le plan militaire, la puissance centrale de l'Europe.

    BERLIN (rapport exclusif) – Pour la première fois dans l’histoire de la République fédérale, le ministère fédéral de la Défense présente une stratégie militaire détaillée pour la Bundeswehr. Le document, dont les principaux éléments ont été présentés publiquement mercredi par le ministre de la Défense Boris Pistorius, réaffirme l’objectif de faire de la Bundeswehr « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe » d’ici 2035. Elle doit également « consolider son rôle de leader européen ». Il est question d’une force armée non seulement « innovante », mais aussi « technologiquement supérieure » à l’avenir. En conséquence, un nouveau profil de capacités pour la Bundeswehr prévoit non seulement un réarmement massif avec des armes à longue portée, mais aussi une « utilisation de l’automatisation et des capacités autonomes » dans la conduite future de la guerre. Cela implique, entre autres, un large recours à l’IA par les troupes. D’ici 2035 au plus tard, la Bundeswehr devrait atteindre, avec la réserve, un effectif de quelque 460 000 soldats. La réserve est également conçue comme un « pont » vers la société civile au service d’une militarisation sociale. Avec ces mesures, la République fédérale entend devenir la puissance centrale de l’Europe sur le plan militaire. Cela renforce sa domination sur le continent. Lire la suite