• L'ère des interdictions

    Après les manifestations de la Génération Z, des voix réclament de les interdire. Cela réduirait au silence une partie de l'opposition aux coupes sociales et à la militarisation. Une menace similaire pèse sur plusieurs pays de l’UE.

    BERLIN/WASHINGTON/BRUXELLES/MADRID (de notre rédaction) – À la suite des grandes manifestations de jeunes contre la politique d’austérité drastique menée par Berlin dans les domaines de l’éducation et des affaires sociales, ainsi que contre la militarisation sans précédent, les appels à l’interdiction se multiplient. Une série de cas de dégradations matérielles, survenus dans le cadre des manifestations de masse qui ont rassemblé au total 120 000 participants, servirait de prétexte pour interdire les futures manifestations de la génération Z. Ces demandes font suite aux appels lancés par des responsables politiques de droite et d’extrême droite dans d’autres pays européens, visant à dissoudre les organisations qui soutiennent également les vastes mouvements de protestation contre les coupes budgétaires et la militarisation. En Belgique, par exemple, un projet de loi est en cours d’élaboration ; les déclarations de responsables gouvernementaux belges laissent entendre qu’il pourrait être utilisé contre le plus grand parti d’opposition du pays, le Parti du travail de Belgique. La demande d’interdiction des organisations de l’opposition de gauche – en particulier l’Antifa – est également relayée par l’administration Trump. Le ministère fédéral de l’Intérieur coopère étroitement avec elle dans ce domaine. Des partis d’extrême droite en France et en Espagne, qui souhaitent eux aussi interdire les forces de gauche, sont sur le point de prendre le pouvoir ou d’entrer au gouvernement. Lire la suite

  • Le conflit européen des milliards

    Berlin tente d'orienter le prochain budget de l'UE vers les priorités allemandes que sont la défense et la compétitivité. La résistance des autres États membres s'intensifie ; la hausse du coût de la dette accentue la pression.

    BERLIN/BRUXELLES/PARIS (de notre rédaction) – La lutte de pouvoir autour du prochain budget de l’UE s’intensifie. Alors que le Fonds monétaire international (FMI) met en garde contre une augmentation de la dette publique à l’échelle mondiale, les États membres de l’UE se disputent la répartition de leur budget de plusieurs milliers de milliards. Le gouvernement fédéral allemand réclame des économies de plusieurs centaines de milliards d’euros et insiste parallèlement pour que la priorité soit donnée aux dépenses en matière de dépenses militaires et de compétitivité.À cela s’opposent de nombreux États membres qui souhaitent conserver les importantes subventions agricoles et les fonds de cohésion. Même au sein du bloc des soi-disant « austères », qui milite en faveur d’une réduction du budget de l’UE, il existe des divergences considérables quant aux coupes prévues.Des conflits supplémentaires découlent de la hausse des coûts de remboursement de la dette liée au Covid. Les demandes de plusieurs États membres visant à étaler ces remboursements dans le temps pourraient devenir un moyen de pression entre les mains de Berlin, qui refuse jusqu'à présent catégoriquement toute restructuration de la dette. Alors que Berlin insiste pour que les négociations aboutissent rapidement, la pression politique s’intensifie, notamment en France, à l’approche de l’élection présidentielle. Lire la suite

  • Contre le démantèlement social, contre la guerre

    En Europe, les protestations contre militarisation et démantèlement social s'intensifient : dockers en grève, lycéens et étudiants manifestent. La répression croît ; les Jeunes de la CDU veulent la Bundeswehr contre les manifestants.

    BERLIN/PARIS/GÊNES (de notre rédaction) – Avec une journée d’action internationale des dockers, de nouvelles manifestations en France et de nouvelles mobilisations d’élèves et d’étudiants en Allemagne, le mouvement de protestation européen contre la course aux armements et le démantèlement de l’État-providence continue de prendre de l’ampleur ce week-end. À l’occasion d’une journée d’action ce vendredi, les dockers, notamment sur les côtes de la Méditerranée et de l’Atlantique, s’opposent à l’utilisation des ports pour le transport d’armes et le soutien à la guerre sous toutes ses formes. Rien qu’en France, on s’attend à ce que les ports soient « à 95 % » à l’arrêt, indique le syndicat CGT. Dans les grandes villes du pays, dans le prolongement des manifestations lycéennes, de nouvelles manifestations sont annoncées pour samedi. La répression étatique s’intensifie également. « Pour la première fois » depuis la guerre d’Algérie, des manifestations ont été interdites presque partout en France, rapporte Kevin Guillas-Cavan, du Parti communiste français (PCF) ; le parti soutient les manifestations des lycéens. Le recours à l’armée lors des manifestations a également brisé un tabou. Les appels à faire intervenir l’armée contre les manifestations, y compris en Allemagne, se font tout aussi pressants que les demandes d’interdiction de partis. Lire la suite

  • « La révolte d’une jeunesse sans avenir »

    Entretien avec Kevin Guillas-Cavan sur les manifestations lycéennes en France, la répression brutale dont elles font l’objet et le risque d’un nouveau bonapartisme.

    PARIS german-foreign-policy.com s’est entretenu avec Kevin Guillas-Cavan au sujet des manifestations lycéennes en France et du mouvement de protestation qui prend de l’ampleur au-delà de celles-ci dans ce pays voisin. Guillas-Cavan est membre du Parti communiste français (PCF), qui soutient les manifestations lycéennes. Selon lui, la particularité des manifestations lycéennes actuelles réside dans le fait qu’elles ne visent pas – comme les précédentes – « une réforme spécifique », mais des dysfonctionnements généraux : « La grande majorité de la population les soutient », rapporte Guillas-Cavan. La répression est toutefois « sans précédent » : « Pour la première fois depuis 1962 et la guerre d’Algérie », des « manifestations ont été interdites le 24 octobre dans de nombreux départements français ». Toutefois, cette répression s’inscrit « dans une longue lignée historique » de répression étatique croissante de la résistance en France. Guillas-Cavan estime qu’une montée de l’autoritarisme d’État en France, pouvant aller jusqu’à un nouveau bonapartisme, est possible « face à la crise du capitalisme ». Lire la suite

  • « Pas de rupture avec la Chine »

    Lors de son dernier voyage en Chine comme président fédéral, Frank-Walter Steinmeier veut apaiser le conflit commercial entre la République populaire et l'UE. La Chine reste la deuxième cible d'investissement de l'industrie allemande.

    HEFEI/BERLIN (de notre rédaction) – Face à l’intensification des conflits commerciaux entre l’UE et la Chine, le président fédéral Frank-Walter Steinmeier s’efforce, lors de son dernier voyage en Chine en tant que chef de l’État, d’empêcher une nouvelle escalade des tensions. La Chine est en train d’augmenter massivement ses exportations vers l’UE, et en particulier vers l’Allemagne, dans plusieurs secteurs. Cela concerne avant tout les voitures hybrides, mais aussi les produits chimiques et les machines. Les entreprises chinoises deviennent ainsi des concurrentes des entreprises allemandes sur leur propre marché. L’UE a commencé à mettre en place des contre-mesures. Elle entre ainsi de plus en plus en conflit avec la République populaire. Or, cela n’est pas dans l’intérêt de l’industrie allemande, qui dépend désormais à bien des égards de ses sites en Chine si elle ne veut pas se retrouver à la traîne à l’échelle mondiale. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, est récemment parvenu à trouver un compromis entre Bruxelles et Pékin concernant les voitures hybrides, ce qui devrait permettre d’éviter une escalade du conflit commercial. Selon un rapport, des experts sont déjà parvenus, dès le milieu de l’année, à la conclusion qu’une guerre commerciale ouverte contre la Chine serait perdue d’avance pour l’UE. Lire la suite

  • Dans la spirale d'escalade

    La spirale de l'escalade, déclenchée par les attaques ukrainiennes contre des entrepôts et des raffineries russes – applaudies en Allemagne –, se fait surtout au détriment de l'économie ukrainienne.

    KIEV/MOSCOU/BERLIN (Eigener Bericht) – L'économie de l'Ukraine ne connaîtra pas cette année la légère croissance d'abord attendue, mais s'arrêtera net. C'est ce qui ressort des prévisions d'automne de l'Institut viennois des comparaisons économiques internationales (wiiw). La cause en est, selon l'institut, les attaques russes contre les infrastructures d'exportation de l'Ukraine, qui ont entraîné des effondrements spectaculaires, notamment des exportations de céréales et, par conséquent, des recettes du pays. Kiev dépendra donc encore plus qu'auparavant de l'argent provenant de l'étranger occidental, indique le wiiw. Par ses attaques, la Russie a répondu aux attaques ukrainiennes contre des entrepôts et des raffineries russes, qui ont été largement accueillies en Occident – y compris en Allemagne – avec une Schadenfreude (joie mauvaise). Or, l'économie russe n'en sort que légèrement endommagée et croîtra, selon le wiiw, dans la mesure précédemment prévue. Les principales victimes de la spirale d'escalade sont l'Ukraine et sa population. De plus, les coûts s'intensifient pour ses financiers de guerre d'Europe occidentale – pour 2027, il manque à Kiev environ 70 milliards d'euros. Les coûts de la reconstruction ont déjà été estimés à 588 milliards de dollars US au début de l’année. Lire la suite

  • Attaque dans l'espace

    Un satellite russe menace un satellite de reconnaissance de la société Iceye, qui fournit à l'Ukraine des données sur le champ de bataille. Iceye n'utilise pas de technologie US et travaille en étroite collaboration avec Rheinmetall.

    BERLIN/ESPOO/KIEV (de notre rédaction) – Pour la première fois, un satellite commercial ayant un lien direct avec l’Allemagne, qui fournit des données de champ de bataille aux forces armées ukrainiennes, risque d’être impliqué dans un conflit armé dans l’espace. Il s’agit d’un satellite SAR de la start-up finlandaise Iceye qui, en collaboration avec le groupe allemand Rheinmetall, fournit à l’Ukraine des données de reconnaissance obtenues par satellite – et ce, depuis des années déjà. Selon certaines informations, les forces armées ukrainiennes auraient déjà détruit des milliers de véhicules militaires russes à partir de ces données.La semaine dernière, un satellite russe s’est approché à quelques kilomètres seulement du satellite Iceye. Il pourrait désormais l’endommager à tout moment, voire le détruire. Moscou a averti à plusieurs reprises qu’elle n’accepterait pas à long terme que des satellites occidentaux – y compris privés et commerciaux – prennent part au conflit. La start-up Iceye est considérée en Europe comme un espoir, car elle ne dépend pas de la technologie US tout en occupant une position de leader international. Dans le cadre d’une coentreprise avec Rheinmetall, elle a commencé ce mois-ci à fabriquer des satellites de reconnaissance pour la Bundeswehr. Elle fournit d’ores et déjà des données de reconnaissance à la brigade lituanienne. Lire la suite

  • Mission de l'UE au Liban

    La Bundeswehr devrait participer à la mission de l'UE prévue au Liban. Celle-ci a été impulsée par la France et vise le Hezbollah, mais elle a également pour but d'empêcher Israël d'agir à sa guise au Liban, à l'abri des regards.

    BEYROUTH/BRUXELLES/BERLIN (de notre rédaction) – La Bundeswehr s’apprêterait à mener une nouvelle mission à l’étranger au Liban. Selon des diplomates, l’Allemagne devrait également participer à l’intervention prévue de l’UE dans ce pays, décidée la semaine dernière par les ministres des Affaires étrangères de l’Union. Elle est appelée à succéder à la force de l'ONU, la FINUL, qui mettra fin à sa mission à la fin de l'année. La Bundeswehr participait à la FINUL depuis 2006, avec une composante maritime. L’objectif de la future mission de l’UE est de renforcer les forces armées et les appareils de répression intérieure du Liban afin de réduire systématiquement l’influence du Hezbollah dans le pays et d’empêcher un « vide sécuritaire extrêmement dangereux ».À cette fin, la mission comportera un volet militaire et un volet civil. La France, en particulier, milite en sa faveur depuis un certain temps déjà afin, selon les experts, d’éviter une nouvelle perte d’influence dans son ancien protectorat et de renforcer sa position au Proche-Orient. La mission prévue par l’UE vise également à empêcher que les troupes israéliennes ne fassent à l’avenir ce qu’elles veulent au Liban, sans témoins. Si la Bundeswehr y participe, elle se mettra en contradiction avec les forces armées israéliennes. Lire la suite

  • L'Europe, continent des armes nucléaires

    Cette année, la Bundeswehr participe à deux exercices de guerre nucléaire : un exercice de l'OTAN et un exercice français. À nouveau, des spéculations circulent au sujet d'une bombe « allemande » ou d'une nouvelle bombe « européenne ».

    BERLIN/PARIS/WASHINGTON (de notre rédaction) – La Bundeswehr participe actuellement à l’exercice annuel de guerre nucléaire de l’OTAN et prend également part cette année à un exercice sur les armes nucléaires organisé par les forces nucléaires françaises. Dans le cadre de l’exercice de l’OTAN « Steadfast Noon », qui a débuté mardi, la Bundeswehr a dépêché trois avions de combat Tornado en Italie. Sur place, des soldats issus de 17 pays membres de l’OTAN s’entraînent notamment à des missions aériennes se terminant par le largage de bombes atomiques. Alors que cinq États européens sont jusqu’à présent intégrés dans ce que l’on appelle la soi-disant « partage nucléaire », d’autres pays – la Finlande et la Lituanie – mettent désormais en place les conditions légales nécessaires pour stationner des armes nucléaires sur leur territoire. Parallèlement, la France poursuit l’intégration d’autres États dans son nouveau concept de « dissuasion avancée ». Dans ce contexte, la Bundeswehr participe cette année pour la première fois à l’exercice français de guerre nucléaire « Opération Poker », qui s’est tenu fin septembre. Parallèlement, un expert allemand influent en politique étrangère spécule sur la possibilité d’une bombe allemande et fait état de réflexions visant à développer une arme nucléaire « européenne » en collaboration, par exemple, avec les pays scandinaves. Lire la suite

  • L'enjeu énergétique de l'IA pour l'UE

    Le think tank européen EUISS attribue à l'UE des désavantages structurels dans la course mondiale à l'IA, surtout en matière d'énergie. Les États-Unis ont plus de ressources ; la Chine profite de la planification étatique.

    BERLIN (de notre rédaction) – Le groupe de réflexion européen EUISS (Institut d’études de sécurité de l’UE) constate que l’UE souffre de désavantages structurels dans le développement de l’intelligence artificielle (IA) et recommande l’adoption d’une nouvelle stratégie européenne en matière d’IA. Comme le constate l’EUISS dans une analyse récente, la disponibilité de l’énergie influence de plus en plus la course mondiale à l’IA. Cette situation, combinée à une dépendance vis-à-vis des importations, à des infrastructures obsolètes et à un écosystème d’IA axé sur le marché, fait obstacle aux ambitions de l’UE en matière d’IA. Selon l’EUISS, tant les Etats-Unis que la Chine disposent d’avantages structurels qui leur assurent une position de leader dans la course mondiale à l’IA. L’avantage des Etats-Unis réside dans leurs importantes réserves de combustibles fossiles, tandis que la Chine tire parti de son accès à des ressources énergétiques diversifiées et de ses capacités de planification étatique. Aux Etats-Unis, une opposition grandit contre l’expansion rapide des centres de données dédiés à l’IA. Dans ce pays, où 142 manifestations ont eu lieu rien qu’au mois de juillet, des inquiétudes s’expriment quant à la consommation d’énergie et d’eau de ces centres de données. Les manifestants réclament une meilleure protection des ressources. Lire la suite