• Pris au piège (II)

    Ursula von der Leyen refuse de prendre des mesures de rétorsion face aux récentes menaces tarifaires de DonaldTrump - et a auparavant délibérément laissé échapper des moyens de pression pour les négociations avec les Etats-Unis.

    WASHINGTON/BRUXELLES (Rapport exclusif) - L'UE ne réagit pas par des mesures de rétorsion aux récentes menaces tarifaires du président américain Donald Trump et rejette les demandes en ce sens émanant par exemple de la France ou du Parlement européen. Après l'annonce de Trump d'imposer des droits de douane de 30% sur toutes les importations en provenance de l'UE à partir du 1er août, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que Bruxelles « prolongerait la suspension » des contre-mesures « jusqu'au début du mois d'août ». Mme von der Leyen avait déjà fait en sorte qu'un ensemble de droits de douane de rétorsion sur les importations en provenance des Etats-Unis, d'une valeur de plus de 21 milliards de dollars, ne soit pas mis en vigueur. Elle a ainsi tenu compte des exigences du gouvernement allemand, qui souhaite éviter à tout prix une escalade du conflit afin de ne pas mettre en péril les activités de l'industrie allemande aux US. Il dépasse de loin le commerce allemand avec n'importe quel autre pays. Von der Leyen a même délibérément abandonné plusieurs moyens de pression à cet effet, comme l'introduction éventuelle de taxes numériques européennes et l'extension éventuelle des activités en Chine. Trump exploite aujourd'hui sans retenue la dépendance qui en résulte. Lire la suite

  • « Tirer les leçons de la tornade Trump »

    Le futur ambassadeur américain auprès de l'UE est un collaborateur de la Heritage Foundation de Washington, qui coopère étroitement avec les partis d'extrême droite en Europe et vise à transformer l'UE en une Europe des nations.

    WASHINGTON/BRUXELLES (rapport exclusif) – Un collaborateur d'une organisation américaine ayant des liens étroits avec l'extrême droite en Europe est sur le point de devenir ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE. Andrew Puzder, le dirigeant de fast-food que la Heritage Foundation à Washington compte parmi ses Distinguished Visiting Fellows, aurait, selon les rapports, survécu de justesse à son audition au Sénat américain mardi et pourrait désormais être nommé ambassadeur à Bruxelles. Proche des républicains américains, la Heritage Foundation suit la ligne de Trump depuis que son président actuel, Kevin Roberts, a pris ses fonctions en décembre 2021. Avec son Project 2025, l'association a rédigé une sorte de plan directeur pour l'administration Trump, dont plusieurs éléments importants ont depuis été intégrés dans la politique du gouvernement américain. En Europe, la Heritage Foundation collabore avec la Hongrie, dont le Premier ministre Viktor Orbán fait son éloge. Elle coopère également avec les Patriots for Europe (PfE), qui regroupent divers partis d'extrême droite en Europe. Elle vise à transformer l'UE en une confédération d'États plus souple, sur le modèle d'une Europe des nations populaire parmi l'extrême droite. Lire la suite

  • L'euro contre le dollar

    La présidente de la BCE, Lagarde, pense qu'un « rôle international plus important » de l'euro est possible au détriment du dollar US qui s'affaiblit. Ursula von der Leyen, demande une « indépendance européenne » vis-à-vis des Etats-Unis.

    BERLIN/BRUXELLES (rapport exclusif) - Grâce à la faiblesse actuelle du dollar, l'euro peut trouver « un rôle international plus important » et acquérir une plus grande importance dans le système financier mondial. C'est ce que prévoit la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde. Comme l'a souligné Lagarde la semaine dernière, la part du dollar US dans les réserves de change mondiales est la plus faible depuis 1994, soit 58%. De plus, la faiblesse actuelle du dollar est une chance pour l'euro. Irrités par la politique économique de Trump, les investisseurs ou les Etats pourraient être motivés à placer leurs réserves en euros. Mais la zone euro a besoin pour cela d'une « base géopolitique solide et crédible », qu'elle doit étayer par une forte capacité militaire. De plus, elle doit enfin créer le marché unique des capitaux dont on parle depuis si longtemps et devenir plus puissante en élargissant les décisions à la majorité. Alors que Lagarde demande cela, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se prononce également pour un nouveau « grand projet européen » - pour une « indépendance européenne » vis-à-vis des Etats-Unis. Il s'agit aussi d'un « rôle de leader dans l'économie mondiale de demain ». Lire la suite

  • Pas de cessez-le-feu avec la Russie

    La rencontre de l'Ukraine à Londres n'apporte pas de percée vers un cessez-le-feu. Zelenskyj et Berlin refusent de faire des concessions à la Russie, comme le préconise désormais une partie croissante de la population ukrainienne.

    KIEV/LONDRES/BERLIN (rapport exclusif) - La percée espérée par Washington vers un cessez-le-feu dans la guerre en Ukraine n'a pas eu lieu lors de la rencontre d'hier à Londres. Comme on l'a appris entre-temps, l'administration Trump avait présenté à Kiev, lors de la dernière rencontre sur l'Ukraine jeudi dernier à Paris, un plan pour mettre fin à la guerre en reconnaissant le contrôle russe sur les territoires ukrainiens occupés et en excluant l’adhésion de l'Ukraine à l'OTAN. Les Etats-Unis veulent aussi reconnaître légalement que la Crimée fait partie de la Fédération de Russie. En échange, Kiev recevra des « forces de paix » européennes et de l'aide pour la reconstruction. Berlin continue de refuser toute concession territoriale et de renoncer à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN. Apparemment soutenu par d'autres pays d'Europe occidentale qui partagent la même position, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rejeté d'avance le plan des États-Unis. L'échec de ce plan et donc la poursuite de la guerre se profilent à l'horizon. Et pourtant, une partie croissante de la population ukrainienne est prête à faire des concessions territoriales à la Russie et à renoncer à l'adhésion à l'OTAN. Lire la suite

  • Freinées par des contradictions

    Les mesures de rétorsion de l'UE contre les droits de douane sans précédent des US sont freinées par des contradictions internes au sein de l'UE, bien que les économistes estiment que l'administration Trump est vulnérable.

    WASHINGTON/BRUXELLES/BERLIN (rapport exclusif) – Des contradictions internes freinent la réaction de l'UE face à l'imposition de droits de douane sans précédent par les États-Unis. Les droits de douane, dont les premiers sont entrés en vigueur samedi – d'autres suivront mercredi – ont fait chuter les cours des actions non seulement chez d'importants partenaires commerciaux des Etats-Unis tels que le Japon ou l'Allemagne, mais aussi aux Etats-Unis mêmes, où en deux jours, plus de six mille milliards de dollars ont été détruits en Bourse. Le dollar US a également faibli. Le président américain Donald Trump a commis « une énorme erreur » avec les droits de douane, estime par exemple Marcel Fratzscher, président de l'Institut allemand de recherche économique ; il « sortira perdant », c'est pourquoi l'UE devrait « s'y opposer » énergiquement. Bruxelles a même reporté l'entrée en vigueur de droits de douane de rétorsion, non pas contre les droits de douane sur l'acier récemment imposés, mais contre ceux qui l'ont été il y a peu, en raison des objections de plusieurs États membres qui craignent de perdre beaucoup plus que les Etats-Unis en cas d'escalade. Des mesures contre des groupes technologiques US sont envisagées à la place, mais elles sont bloquées par l'Italie en raison de la proximité de son gouvernement avec l'administration Trump. Lire la suite

  • La guerre mondiale des douanes

    L'administration Trump impose des droits de douane sans précédent, aux conséquences mondiales et anéantissant les pays pauvres. L'UE est concernée à hauteur de 20 %. Washington cherche également à imposer les normes US aux entreprises en Europe.

    WASHINGTON/BRUXELLES (rapport exclusif) – Hier, mardi, l'administration Trump a imposé des droits de douane sans précédent sur toutes les importations aux Etats-Unis. Ces droits de douane ont de lourdes conséquences pour l'UE et sont dévastateurs pour les pays pauvres. A partir de samedi, les Etats-Unis prélèveront des droits de douane de 10 % sur toutes les importations en provenance de tous les pays, à l'exception du Canada et du Mexique. A partir de mercredi de la semaine prochaine, des droits de douane de différents montants seront ajoutés pour de nombreux pays et groupes de pays ; l'UE est concernée à hauteur de 20 %, le Japon à hauteur de 24 %, Taïwan à hauteur de 32 %, le Cambodge à hauteur de 49 %. Dès ce jeudi, des contre-mesures sont attendues de la part des pays concernés. Les experts s'attendent à des conséquences dramatiques. Des droits de douane de 25 % sur les exportations de voitures vers les Etats-Unis ont déjà été mis en place hier, mercredi ; en outre, Washington a pour la première fois mis en place des « droits de douane secondaires », qui s'inspirent des sanctions secondaires. La semaine dernière déjà, l'administration Trump avait tenté pour la première fois d'obliger les entreprises basées en Europe à se conformer à la législation américaine en matière de politique intérieure, en envoyant une lettre aux entreprises françaises depuis l'ambassade des États-Unis en France. Lire la suite

  • « Éviter les armes américaines »

    Le débat sur l'acquisition de l'avion de combat américain F-35 en Allemagne et dans d'autres pays de l'OTAN s'intensifie. Le F-35 ne peut être utilisé qu'avec l'accord de Washington. Berlin est divisée sur la question.

    BERLIN/WASHINGTON/PARIS (rapport exclusif) – Le débat sur une éventuelle sortie de l'acquisition de l'avion de combat américain F-35 en Allemagne et dans d'autres pays d'Europe s'intensifie. En effet, l'avion ne peut être utilisé qu'avec l'accord du gouvernement des États-Unis et des conditions restrictives, par exemple en ce qui concerne les pièces de rechange et les logiciels, rendent impossible de se libérer de la dépendance vis-à-vis des États-Unis lors d'opérations militaires avec le F-35. Un député conservateur danois met en garde contre le risque que l'administration Trump paralyse les F-35 danois en refusant de fournir des pièces de rechange et des services de maintenance, et tente ainsi de contraindre Copenhague à renoncer au Groenland. Le Portugal envisage déjà de se procurer un autre avion de combat que le F-35 US. Le Rafale français pourrait être une option. Son fabricant, Dassault Aviation, espère maintenant réaliser des milliards de chiffre d'affaires. À Berlin, les partisans convaincus de la politique transatlantique insistent pour que l'Allemagne se retire de l'acquisition du F-35 afin de parvenir à l'indépendance militaire. Pour la participation nucléaire, dans le cadre de laquelle des avions allemands largueraient des bombes atomiques états-uniennes, aucune alternative au F-35 n'est en vue. Cependant, la participation nucléaire est également en débat. Lire la suite

  • Réalités stratégiques

    À Berlin, l'indignation monte face aux discussions entre les US et la Russie sur l'Ukraine. Un expert en politique militaire appelle à une « coalition européenne des volontaires ». Scholz appelle à un front commun européen contre Washington.

    BERLIN/WASHINGTON (rapport exclusif) – À Berlin, des voix s'élèvent pour réclamer une «coalition des volontaires» européenne pour soutenir l'Ukraine. Comme l'exige le responsable de la politique étrangère et militaire Roderich Kiesewetter (CDU), une telle «coalition des volontaires» devrait «soutenir les forces armées ukrainiennes de manière à ce qu'elles puissent repousser la Russie». Kiesewetter réagit ainsi à l'annonce du président américain Donald Trump d'entamer des négociations avec Moscou sur la guerre en Ukraine, ainsi qu'à l'annonce du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth selon laquelle les Etats-Unis ne soutiendront pas d'éventuelles « forces de maintien de la paix » pour sécuriser la ligne de démarcation entre les territoires contrôlés par la Russie et ceux contrôlés par l'Ukraine , et qu'ils ne devaient pas compter sur le soutien de l'OTAN pour cette démarche. Hegseth justifie l'attitude des US par la « réalité stratégique », à savoir que les Etats-Unis se concentrent désormais entièrement sur la lutte contre la Chine. En raison de la « pénurie » de ressources, ils ne sont plus prêts à engager des moyens en Europe. Le chancelier allemand Olaf Scholz annonce une « concertation étroite au sein de l'Europe » et des « discussions » lors de la conférence de Munich sur la sécurité. Lire la suite

  • L'extrême droite transatlantique (II)

    Les forces proches du gouvernement des Etats-Unis étendent leur soutien à l'extrême droite de l'UE - notamment en faveur de l'AfD, dont la candidate à la chancellerie s'efforce délibérément de rendre le parti apte à former une coalition.

    MADRID/BUDAPEST/BERLIN (rapport exclusif) - Les forces politiques proches du gouvernement aux Etats-Unis étendent leur soutien à l'extrême droite en Europe, y compris l'AfD. Ce week-end, lors de la dernière assemblée générale du parti européen Patriots for Europe (PfE), dont font partie entre autres le Fides de Viktor Orbán, le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen ou le FPÖ du chancelier autrichien Herbert Kickl, le président des USA Donald Trump et Elon Musk n'ont pas été les seuls à être célébrés. Les dirigeants de la PfE ont également rencontré le président de la fondation américaine Heritage Foundation, qui a développé un programme pour l'administration Trump (Project 2025) et dont est issu le futur ambassadeur US auprès de l'UE. Fin mai se tiendra également la CPAC Hungary, la branche européenne d'un événement états-unien considéré comme une sorte de festival de masse des républicains américains. Depuis 2022, la CPAC Hungary réunit la droite étatsunienne et européenne. Les efforts de la droite US pour rendre l'extrême-droite plus acceptable en Europe profitent également à l'AfD, dont la candidate à la chancellerie Alice Weidel s'efforce de former une coalition. Lire la suite

  • À la façon de la mafia

    Un homme politique du parti du chancelier potentiel (CDU) exprime son accord avec la proposition de Trump selon laquelle les États-Unis devraient prendre le contrôle de la bande de Gaza. Trump utilise la menace d'annexion au Panama contre la Chine.

    WASHINGTON/BERLIN (rapport exclusif) - Des déclarations modérément positives émanent du parti de l'éventuel prochain chancelier allemand, la CDU, à propos de l'initiative du président américain Donald Trump selon laquelle les US « prendraient le contrôle de la bande de Gaza ». C'est la deuxième fois que Trump appelle à l'expulsion de la totalité de la population palestinienne de la bande de Gaza, déclarant vouloir ensuite transformer le territoire en une « Riviera du Moyen-Orient ». Le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio avait écrit sur X : « Make Gaza Beautiful Again ! » Le vice-président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, Johann Wadephul, avait déclaré à ce sujet qu'il était « bon que les États-Unis prennent leurs responsabilités », ajoutant : « nous partageons l'analyse » selon laquelle le statu quo n'est “pas tenable”. L'approbation du député CDU concerne une politique qui méprise ouvertement le droit international. Au Panama, le gouvernement des États-Unis utilise une menace d'annexion pour inciter les autorités à arracher à un groupe chinois le droit légalement acquis d'exploiter deux ports et à le transférer à des entreprises US. Berlin ne dit rien à ce sujet. A Gaza, la menace de Trump pourrait profiter personnellement à son gendre Jared Kushner. Lire la suite