• « D'une position de force »

    Quatre ans après le début de l'invasion russe en Ukraine, les exigences de l'UE continuent de faire obstacle à la fin de la guerre, contre la volonté de près de la moitié de la population ukrainienne.

    BERLIN/KIEV (rapport exclusif) – Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, les exigences de l'Allemagne et d'autres pays européens continuent d'empêcher la fin des combats. Comme l'indique un article signé par les ministres des Affaires étrangères allemand, français et polonais, l'Ukraine ne peut imposer une paix « durable et juste » qu'« en position de force ». Cependant, Kiev n'est pas en mesure d'atteindre une « position de force » ; pour y parvenir, la guerre doit se poursuivre. Le chancelier fédéral Friedrich Merz est convaincu que les combats « ne prendront fin que lorsque l'une des deux parties sera épuisée ». En Ukraine même, 40 % de la population est désormais favorable à l'abandon du Donbass en échange de garanties de sécurité occidentales et donc à une fin rapide de la guerre. L'UE durcit toutefois sa position, ce qui rend une solution négociée de plus en plus improbable. Ainsi, dans un document de travail récent de la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, plusieurs exigences sont posées à Moscou qui ne pourraient être satisfaites que par une capitulation quasi inconditionnelle de la Russie, comme par exemple l'exigence d'un retrait complet des troupes russes d'Ukraine. Lire la suite

  • Tirer les leçons de la guerre de Gaza

    L'armée allemande conclut un accord de coopération étroite avec les Forces de défense israéliennes (Tsahal) dans le but d'organiser des formations et des exercices communs. Tsahal partage ainsi ses enseignements tirés de la guerre de Gaza.

    BERLIN/TEL AVIV (rapport exclusif) – L'armée allemande étend sa coopération avec les Forces de défense israéliennes (Tsahal) et prévoit des exercices communs. Selon un rapport de Tsahal, elle souhaite tirer profit de l'expérience acquise par cette dernière lors de la guerre de Gaza. C'est le résultat d'un voyage effectué à la fin de la semaine dernière en Israël par l'inspecteur de l'armée Christian Freuding. Auparavant, le ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avaient déjà convenu d'une coopération plus étroite dans les zones grises civiles et militaires, en particulier dans la mise en place d'un « cyber-dôme » destiné à protéger l'Allemagne contre les cyberattaques. En outre, une coopération est en cours de préparation dans le domaine de l'application de l'IA, que les forces armées israéliennes ont utilisée pendant la guerre de Gaza, notamment pour l'identification des cibles. Berlin et Tel Aviv peuvent s'appuyer sur plusieurs décennies de coopération, qui remonte aux années 1950 et qui comprend, outre des exportations d'armes se chiffrant en milliards pour les deux parties, une formation militaire et des manœuvres communes. Il y a plusieurs années déjà, il avait été rapporté que l'armée israélienne formait des soldats de l'armée allemande au combat urbain et dans les tunnels, en s'appuyant sur sa vaste expérience opérationnelle dans la bande de Gaza. Lire la suite

  • Domination allemande

    Le réarmement massif de la République fédérale déclenche dans plusieurs États européens des mises en garde contre une « grande puissance militaire » allemande et contre une domination allemande ouverte sur le continent.

    BERLIN/PARIS/VARSOVIE (rapport exclusif) – Le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul demande à la France de procéder à des coupes budgétaires « y compris dans le domaine social » afin de financer un réarmement massif.« Malheureusement », « les efforts » du gouvernement français pour réaffecter des fonds au budget militaire sont « insuffisants », estime M. Wadephul. Paris est « appelé » à changer cela. Cette ingérence ouverte dans les affaires intérieures de la France s'explique par le mécontentement croissant de plusieurs États européens face au réarmement massif de l'Allemagne, qui fera de la République fédérale une « grande puissance militaire » d'ici quelques années, comme l'indique un article publié dans le magazine US Foreign Affairs. Dès l'automne, des voix s'étaient élevées à Paris pour avertir que si l'Allemagne réussissait à devenir une puissance militaire, elle serait alors « extrêmement dominante » au sein de l'UE. Récemment, le directeur de la Conférence de Munich sur la sécurité, Wolfgang Ischinger, a confirmé qu'il sentait, lors de discussions en France et en Pologne, que « d'anciennes réserves refaisaient surface », à savoir « la crainte d'une domination allemande ». Les diplomates de l'UE diagnostiquent déjà un « glissement tectonique » sur le continent. En France, les premières mises en garde publiques contre une « Europe allemande » se font entendre. Lire la suite

  • La voie vers la bombe (III)

    Merz insiste pour que des mesures concrètes soient prises cette année en vue de la mise en place d'un parapluie nucléaire européen. Celui-ci pourrait s'appuyer sur les armes nucléaires françaises ou sur des armes nucléaires allemandes.

    BERLIN/PARIS/LONDRES (rapport exclusif) – Le chancelier allemand Friedrich Merz insiste pour que des mesures concrètes soient prises dès cette année en vue de la mise en place d'un parapluie nucléaire européen. Des discussions confidentielles ont déjà été engagées avec la France à ce sujet, a déclaré M. Merz dans un article publié dans le magazine US Foreign Affairs. La France avait auparavant initié une coopération étroite entre ses forces nucléaires et celles de la Grande-Bretagne. Elle propose en outre depuis des années d'étendre son parapluie nucléaire à l'ensemble de l'UE, mais cette initiative a jusqu'à présent échoué, l'Allemagne exigeant un droit de regard sur les armes nucléaires françaises et leur possible utilisation. Dans le débat qui refait actuellement surface, la question d'une éventuelle bombe allemande est à nouveau discutée. Cependant, celle-ci impliquerait des efforts considérables et des coûts immenses, selon les informations disponibles. Le débat a été accéléré par une nouvelle étude de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui examine cinq options pour une dissuasion européenne contre les puissances nucléaires. Au moins pendant une période transitoire, on serait dépendant du parapluie nucléaire US. L'option consistant à miser énergiquement sur le désarmement nucléaire n'est pas vraiment envisagée. Lire la suite

  • Berlin contre Paris

    De graves divergences franco-allemandes assombrissent le sommet extraordinaire de l'UE qui se tient ce jeudi. Le conflit est ancien : Berlin mise sur la déréglementation, Paris sur les euro-obligations pour les investissements importants.

    BERLIN/PARIS (rapport exclusif) – De graves divergences franco-allemandes assombrissent le sommet extraordinaire de l'UE sur la compétitivité qui se tient ce jeudi. L'objectif de ce sommet informel est de préparer de nouvelles mesures visant à rendre l'économie de l'UE plus compétitive. Il est ainsi indiqué que le marché intérieur doit être réformé de toute urgence, les barrières commerciales entre les différents États membres de l'UE équivalant à un taux de droits de douane de 45 % sur les marchandises et de 110 % sur les services. Si certains projets ne suscitent guère de contestation, la demande de privilégier les produits de l'UE dans les marchés publics est tout aussi controversée que la proposition de s'endetter collectivement au niveau européen pour financer des investissements importants dans des secteurs high-tech clés.La France est favorable aux deux mesures, tandis que l'Allemagne les rejette toutes les deux. En revanche, l'intention de renforcer les retraites privées afin de réaliser des investissements à partir des dépôts semble faire l'objet d'un consensus, sur le modèle d'un fonds de pension canadien, comme on le dit. Cela exposerait les retraites à de nouveaux risques. Un document conceptuel franco-allemand se prononce clairement en faveur de ce projet. Lire la suite

  • La politique du boulet de démolition

    Munich Security Report : Les Etats-Unis détruisent « l'ordre mondial d'après-guerre » qui leur assurait autrefois leur domination, car celui-ci ne remplit plus sa fonction. Dans le nouvel ordre, c'est la loi du plus fort qui prévaut.

    MUNICH (rapport exclusif) – À la veille de l'ouverture de la Conférence sur la sécurité de Munich vendredi prochain, les organisateurs de cet événement majeur considèrent que le monde traverse une « phase de la politique du boulet de démolition »». Actuellement, ce sont surtout les États-Unis qui s'emploient à détruire « l'ordre mondial d'après-guerre » qui leur avait autrefois permis d'imposer leurs intérêts dans le monde entier, selon le Munich Security Report publié hier lundi. La raison en est que des États concurrents ont réussi leur ascension dans cet « ordre ». Selon le document, l'administration Trump et les forces d'extrême droite en Europe peuvent s'appuyer, pour détruire l'« ordre » actuel, sur de larges couches de la population qui, face à une évolution largement critique, ne voient plus d'avenir pour elles-mêmes et sympathisent donc avec la « politique du boulet de démolition ».Toutefois, selon le Munich Security Report, cette politique n'aide pas « les moins forts », qu'elle « écrase » plutôt, mais « les plus puissants du système international ». Le rapport fait référence au nombre en forte augmentation de milliardaires dans le monde. La délégation US à la conférence de Munich sur la sécurité de cette année est dirigée par deux d'entre eux. Lire la suite

  • « Bas les armes, augmentez les salaires ! »

    Interview de Cinzia Della Porta sur la journée d'action contre la militarisation et la guerre dans plus de 20 ports de la Méditerranée, du Maroc à la Turquie en passant par l’Italie.

    ROME (rapport exclusif) – Ce vendredi, les travailleurs de plus de 20 des plus grands ports de la Méditerranée organisent une journée d'action pour protester contre la politique de militarisation de l'UE et contre l'utilisation des ports pour l'approvisionnement en armes dans la guerre en Ukraine et en Israël. Ils s'opposent à « la transformation de la Méditerranée en un carrefour pour l'économie de guerre », explique Cinzia Della Porta dans un entretien avec german-foreign-policy.com. Della Porta est membre du comité exécutif du syndicat italien Unione Sindacale di Base (USB), qui participe à l'organisation de la journée d'action. L'USB exige que les ports de la Méditerranée soient des « lieux de paix ». Della Porta souligne que les travailleurs sont toujours parmi les premiers à payer « le prix de la guerre », par exemple sous forme de réductions salariales ou de restrictions des droits syndicaux, qui sont des « conséquences directes de l'économie de guerre ». En outre, les dockers qui doivent charger des armes deviennent des complices involontaires de guerres qu'ils rejettent. Della Porta plaide pour que « la résistance à la guerre soit associée aux luttes sociales pour les salaires, les services publics et les droits des travailleurs ». Lire la suite

  • « La puissance centrale dirigeante de l'Europe »

    L'Allemagne doit dépasser la France dans les domaines de l'industrie de l'armement et de l'armée et devenir « la puissance centrale dirigeante de l'Europe ». Elle exige également qu'elle ait son mot à dire sur la Force de frappe.

    BERLIN/PARIS (rapport exclusif) – La France devrait mettre ses armes nucléaires à disposition en tant que bouclier nucléaire « européen » et accorder à l'Allemagne un droit de codécision « déterminant » sur « la forme que prendra le bouclier nucléaire européen ». C'est ce que demande David Preisendanz, député CDU au Bundestag, dans un article récemment publié dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. En contrepartie d'une « contribution financière substantielle » à la Force de frappe, Berlin doit pouvoir participer à sa « modernisation » et à son « extension tactique ». Cette exigence se fait entendre au moment même où la République fédérale a porté plusieurs défaites politiques et industriels à la France et se prépare désormais à s'imposer comme « la puissance centrale de l'Europe » (Preisendanz), non seulement sur le plan politique et économique, mais aussi sur le plan militaire. Berlin a ainsi imposé l'accord de libre-échange avec le Mercosur contre Paris et exclut les fabricants d'armes français de son programme de réarmement de plusieurs centaines de milliards d'euros, même lorsque cela va clairement à l'encontre des intérêts de l'UE, comme dans le cas du projet d'avion de combat FCAS, qui est sur le point d'échouer. L'Allemagne devient ainsi la première puissance militaire et d'armement européenne. Lire la suite