Complicité dans une guerre d’agression

Pour renforcer leur présence aérienne au Moyen-Orient et élargir la guerre, les États-Unis réutilisent des infrastructures en Allemagne. Selon des juristes, la tolérance de Berlin équivaut à une complicité dans une guerre d'agression.

TÉHÉRAN/WASHINGTON/BERLIN (de notre rédaction) – Dans le cadre du renforcement de la présence aérienne US au Moyen-Orient en vue de préparer une extension de la guerre d'agression contre l'Iran, les forces armées US utilisent à nouveau des infrastructures militaires en Allemagne. Ainsi, comme avant le début de la guerre et durant les quarante premiers jours, des chasseurs et des troupes sont déployés via la base aérienne US de Ramstein vers la péninsule arabique, où ils se tiennent prêts pour la vague d'attaques renforcée annoncée. La base aérienne US de Spangdahlem est également impliquée ; des F-16 qui y stationnent ont été transférés la semaine dernière vers la zone de déploiement au Moyen-Orient, alors qu'ils venaient de rentrer d'une mission de guerre quelques semaines auparavant. L’hôpital militaire US de Landstuhl revêt également une grande importance ; c’est le plus grand établissement de ce type au monde. Ces derniers jours, près d’une douzaine de militaires US, dont certains gravement blessés, y ont été transportés pour y être soignés. Le nombre de secouristes dans cet hôpital a par ailleurs été récemment augmenté de plus de 150, en prévision d’une hausse du nombre de victimes. Pour justifier l’extension de cette guerre d’agression illégale, le président US Donald Trump annonce des crimes de guerre. Berlin s’en rend complice.

Ramstein

Comme à l'accoutumée, les forces armées US utilisent massivement les infrastructures militaires US en Allemagne pour leur renforcement actuel de troupes en Iran. La base aérienne US de Ramstein, située non loin de Kaiserslautern [1], est par exemple utilisée en permanence ; il s'agit de la plus grande base de l'armée de l'air US hors des États-Unis, où se trouve le quartier général des forces aériennes US pour l'Europe et l’Afrique. Ramstein abrite notamment une station relais satellite qui a régulièrement fait la une des journaux, car c’est par son intermédiaire que sont pilotées les missions de drones US non seulement en Afrique, mais aussi au Proche et au Moyen-Orient. Des données transitent également par Ramstein pour d’autres opérations – notamment pour la guerre en Iran.[2] Ramstein sert également en permanence de plaque tournante logistique pour cette dernière. Peu après le début de la guerre, des avions militaires en provenance d’Espagne, qui n’étaient pas autorisés à décoller de là-bas pour participer au conflit – le gouvernement espagnol l’avait interdit –, ont été acheminés vers Ramstein : contrairement à Madrid, Berlin n’a émis aucune objection à leur participation à la guerre d’agression contre l’Iran. Mercredi dernier, un avion-relais E-11A BACN a atterri à Ramstein ; il venait de la base aérienne de Warner Robins, dans l’État US de Géorgie, et a poursuivi son vol en direction du Moyen-Orient.[3] Cet avion coordonne en direct chasseurs et bombardiers durant leurs frappes aériennes.

Spangdahlem

La base aérienne US de Spangdahlem, située dans l'Eifel, joue également un rôle important dans le renforcement actuel de la présence de l'armée de l'air US au Moyen-Orient, en vue de préparer une extension à grande échelle de la guerre d’agression. La semaine dernière, des avions de combat US de type F-16 qui y étaient stationnés ont été déployés au Moyen-Orient.[4] De plus, des avions de type F-35 ont décollé de la base aérienne britannique de Lakenheath, au nord-est de Cambridge, pour rejoindre la Grande Région, tout comme d’autres F-16 provenant de la base aérienne US d’Aviano, au nord-est de Venise.[5] Les F-16 stationnés en permanence à Spangdahlem étaient revenus il y a seulement quelques semaines d’une mission dans la zone de conflit. Il s’agit d’appareils spécialisés dans la neutralisation de la défense antiaérienne ennemie. Le fait qu’un nombre remarquable d’avions de combat provenant des trois unités de l’armée de l’air US en Europe soit transféré vers la péninsule arabique est inhabituel, selon David Deptula, lieutenant-général à la retraite de l’armée de l’air US et doyen du Mitchell Institute for Aerospace Studies, un groupe de réflexion sur les questions aériennes basé à Washington, cité dans le journal des forces armées US Stars and Stripes.[6] Deptula souligne toutefois que, vers la fin de la Guerre froide, l’armée de l’air des US ne disposait pas de trois, mais de neuf unités en Europe – ce qui témoigne du déclin à long terme de sa puissance militaire.

Landstuhl

Dans le contexte de la guerre en Iran, outre Ramstein et Spangdahlem, le Landstuhl Regional Medical Center, le plus grand hôpital militaire US situé hors des États-Unis, est désormais de plus en plus sollicité.Ces derniers jours, près d’une douzaine de soldats US gravement blessés ont été transférés depuis la Jordanie vers cet établissement pour y être soignés. Cela a fait sensation, notamment parce que l’administration Trump communique encore nettement moins d’informations sur ses propres pertes et dommages que les gouvernements des États-Unis précédents ; seules les pertes humaines parmi les militaires américains sont rendues publiques, comme l’exige strictement la loi. Des observateurs US soulignent toutefois que cela ne s’applique pas aux employés des sociétés militaires privées, qui constituent souvent une part importante du personnel des bases militaires US. Après que le Pentagone a récemment dû confirmer que trois soldats US avaient perdu la vie lors d’attaques iraniennes contre la base aérienne de Muwaffaq Salti, près d’Al Azraq en Jordanie, des enquêtes menées par les médias US ont révélé que près de 100 militaires US avaient également été blessés entre le 7 juin et le week-end dernier. Le Pentagone n’en avait pas informé l’opinion publique US.[7] En réalité, on avait même régulièrement annoncé que les drones et les missiles iraniens avaient été repoussés ou avaient complètement manqué leurs cibles.

Dégâts matériels

Les premières enquêtes menées par les médias font désormais état non seulement du nombre de militaires US blessés lors des attaques iraniennes, mais aussi des dégâts causés aux armes et aux infrastructures militaires lors de ces attaques. Comme l’a rapporté mercredi le New York Times, l’Iran a concentré ses attaques ce mois-ci sur neuf sites où sont présents des militaires US. Au cours des 40 premiers jours de la guerre, ce chiffre s’élevait encore à 18. La base aérienne de Muwaffaq Salti a été attaquée à quatre reprises ; selon le journal, trois bâtiments ont été détruits par des drones, ainsi que deux hangars et, vraisemblablement, des conteneurs d’habitation. Des dégâts importants ont également été constatés à la « Tower 22 », une installation militaire US située à l’extrême nord-est de la Jordanie, juste à la frontière avec la Syrie.[8] Des hangars et un système radar ont également été touchés sur deux autres bases militaires en Jordanie, ainsi qu’à l’aéroport international King Hussein, où sont également stationnés des militaires US. À Bahreïn, un entrepôt – au moins – a été endommagé ; à l’aéroport international d’Erbil, dans le nord de l’Irak – où des troupes US sont également présentes –, une tente militaire a été détruite. La base aérienne Ali al Salem au Koweït a également été touchée, tandis qu’à la base aérienne Ahmad al Jaber, située au même endroit, un système radar mis en service il y a seulement six mois a été détruit. Ce ne sont là que les dégâts confirmés jusqu’à présent.

Blessés et morts

Le fait que plus de 150 secouristes US supplémentaires aient été transférés ces derniers jours au Landstuhl Regional Medical Center montre à quoi Washington se prépare, au-delà des déclarations publiques. On s'attend donc à ce que, si le président des US Donald Trump ordonne l'intensification des attaques US annoncée et préparée par le renforcement de la présence aérienne, la riposte iranienne s'intensifie également et que le nombre de victimes US augmente – y compris les blessés graves, qui seront alors transportés par avion en Allemagne pour y être soignés.[9] Même ceux qui trouveraient probablement la mort lors de contre-attaques iraniennes seraient sans doute d’abord acheminés en République fédérale d’Allemagne avant d’être transportés dans des cercueils vers les Etats-Unis : l’unité Air Force Mortuary Affairs Operations (AFMAO) effectue généralement une escale à Ramstein lors de ses vols depuis la zone de guerre vers les Etats-Unis. Ce fut également le cas récemment, lorsque les dépouilles de quatre soldats US tués au Moyen-Orient ont été rapatriées ; le vol entre Ramstein et la base aérienne de Dover, dans le Delaware, par laquelle transitent habituellement les transports de dépouilles, dure entre neuf et dix heures.[10]

Conséquences juridiques pour Berlin

Dans le cadre de l'extension de cette guerre d'agression contraire au droit international, le président des US Trump annonce officiellement des frappes US contre des infrastructures civiles. Il s'agit là de crimes de guerre. Cette annonce, qui revient à ordonner la commission de crimes de guerre, a également de lourdes conséquences pour le gouvernement fédéral allemand. Il continue d’autoriser les forces armées US à utiliser des infrastructures militaires en Allemagne – telles que Ramstein, Spangdahlem, Landstuhl – et leur accorde sans autre forme de procès des droits de survol. « L’idée selon laquelle cela n’aurait aucune conséquence n’est pas tenable », estime Michael Riegner, professeur de droit public, de droit international public et de droit comparé à l’université d’Erfurt et directeur de la Global Justice Clinic de cette même université. Il est inadmissible de limiter l’article 26, paragraphe 1, de la Loi fondamentale à la Bundeswehr, estime M. Riegner. Ce paragraphe stipule que « les actes de nature à […] perturber la coexistence pacifique des peuples, en particulier la préparation d’une guerre d’agression », doivent être « punis ». Quiconque contribue à rendre possible la conduite d’une guerre d’agression se rend, selon Riegner, complice de celle-ci.[11] Il ne fait aucun doute que cela s’applique également dans le cas de la préparation d’une guerre d’agression par les forces armées d’un État tiers, par exemple celles des Etats-Unis.

 

[1] Voir à ce sujet The Hub of War – Rhineland-Palatinate [« La Rhénanie-Palatinat, plaque tournante de la guerre »].

[2] Reiner Braun: No war without the US Air Base Ramstein [« Pas de guerre sans la base aérienne américaine de Ramstein »]. ipb.org 01.04.2026. Le rôle controversé de la base militaire de Ramstein dans la guerre au Moyen-Orient. courrierinternational.com 17 mars 2026.

[3] USAF E-11A Heads Toward Saudi Arabia After Stop at Ramstein, Strengthening Airborne Communications in the Middle East. [Un E-11A de l’USAF se dirige vers l’Arabie saoudite après une escale à Ramstein, renforçant ainsi les communications aériennes au Moyen-Orient.] itamilradar.com 22.07.2026.

[4] Chris Gordon: US Deploying F-16s and F-35s to Middle East as Iran War Heats Back Up [« Les États-Unis déploient des F-16 et des F-35 au Moyen-Orient alors que la guerre avec l’Iran s’intensifie à nouveau »]. airandspaceforces.com 17.07.2026. Guerre au Moyen-Orient – Les États-Unis déploient davantage d'avions de chasse au Moyen-Orient, selon des médias. lalibre.be 20 juillet 2026.

[5], [6] Jennifer H. Svan: Air Force goes all in on use of Europe-based fighter wings to give support in Middle East [L’armée de l’air mise tout sur l’utilisation d’escadrons de chasse basés en Europe pour apporter son soutien au Moyen-Orient]. stripes.com 22.07.2026.

[7] Eric Schmitt: Pentagon Withheld Dozens of U.S. Military Injuries in Iran War [Le Pentagone a dissimulé des dizaines de blessés parmi les militaires américains lors de la guerre en Iran]. nytimes.com 20.07.2026. Stéphane Bussard: Guerre contre l’Iran: le Pentagone révèle que 18 militaires américains ont été tués et 447 blessés en cinq mois. letemps.ch 22 juillet 2026.

[8] Aric Toler, Christoph Koettl: What Visuals Show About Recent Damage to U.S. Military Sites in the Middle East [Ce que révèlent les images sur les dégâts récents subis par les sites militaires américains au Moyen-Orient]. nytimes.com 22.07.2026. Báo Tiền Phong: Les images satellites de l'Iran révèlent des informations alarmantes pour les États-Unis et Israël. vietnam.vn 24 juillet 2026.

[9] Shelby Holliday, Lara Seligman, Stephen Kalin: U.S. Surges Forces Toward Middle East, Giving Trump Options to Expand Iran War. wsj.com 22.07.2026. Shelby Holliday, Lara Seligman, Stephen Kalin: Avec le renforcement de la présence militaire américaine au Moyen-Orient, Trump dispose de plus d’options pour intensifier la guerre contre l’Iran. lopinion.fr 23 juillet 2026.

[10] Janet Loehrke, George Petras: How dignified transfers bring home fallen US service members [Comment des rapatriements dignes permettent de ramener au pays les militaires américains tombés au combat]. eu.usatoday.com 22.07.2026.

[11] Michael Riegner: Parlamentsvorbehalt für Angriffskriege [Réserve parlementaire pour les guerres d'agression]. verfassungsblog.de 29.04.2026.


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