Il ne restait que des morts

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BERLIN/BAGDAD (Compte-rendu de la rédaction) - La République fédérale d'Allemagne a participé à la guerre contre l'Irak et ainsi violé la Charte des Nations Unies pour la deuxième fois en quelques années. Comme dans le cas du bombardement de la Yougoslavie, contraire au droit international, la violation des traités internationaux et de la constitution allemande s'est produite sous le gouvernement Schröder-Fischer. Selon les déclarations de l'ancien chef des services de renseignement étrangers (BND), Dr August Hanning, il y eut une participation directe aux opérations militaires. Hanning a admis l'activité de soutien de la guerre de la part d'agents secrets allemands. La coopération du Bundesnachrichtendienst (BND) a été possible grâce à la coopération entre les services de renseignements qui s'est établie depuis plusieurs décennies et qui est passée par des relations exclusives. Selon des experts des services secrets, les services de renseignement allemands ont nettement plus d'expérience en ce qui concerne l'espionnage dans les pays arabes que ceux des autres pays occidentaux. Ces connaissances particulières du BND reposent sur certaines traditions qui remontent à la Première Guerre mondiale et qui ont mené à la revitalisation d'anciennes liaisons Nazies après 1945. A part l'Irak c'est aussi la Syrie qui est concernée, un autre pays qui fait l'objet de menaces de renversement du régime de la part des pays occidentaux.

Cette activité du BND d'approvisionner les Etats-Unis et leurs alliés en renseignements a entretemps été admise en principe par la centrale des services secrets allemands. Parmi les activités admises on compte la délimitation de cibles pour des bombardements par l'exclusion d'autres objets. Les responsables veulent faire croire que leur ciblage des bombardements a eu des effets humanitaires. Selon des articles parus dans la presse allemande les espions allemands à Bagdad n'ont non seulement indirectement mais aussi directement participé au repérage de cibles pour les bombardements. Particulièrement lourd est l'accusation que des employés du BND auraient participé à une attaque sur le président de l'Irak, qui finalement a échouée. Les agents allemands auraient aussi transmis des informations sur des mouvements de troupes ainsi que les positions de défense de l'armée irakienne à l'armée US en passant par la centrale du BND et des tiers.[1] Comme des sources américaines l'ont déjà affirmé il y a plusieurs mois les services secrets allemands ont déjà contribué à la légitimation de la guerre lorsqu'elle n'était que dans sa phase préparatoire. Ainsi l'Assemblée générale des Nations unies a été trompée [2]; les responsables politiques occupent toujours des fonctions importantes et travaillent désormais au ministère de l'intérieur (August Hanning), à la direction des services secrets (Ernst Uhrlau, en ce temps-là coordinateurs des services de renseignements à la Chancellerie) ainsi qu'au ministère des affaires étrangères (Frank-Walter Steinmeier, en ce temps-là délégué du gouvernement fédéral pour les services secrets).[3]

Armes chimiques

Les connaissances exclusives du BND, que la centrale des services secrets a transmis aux troupes d'invasion américaines soit directement, soit par des tiers, n'étaient possibles que grâce à des relations étroites avec le gouvernement irakien qui se sont établies depuis plusieurs décennies. Selon des informations non démenties, l'ancien président du BND, Klaus Kinkel, plus tard ministre des affaires étrangères, a déjà, en 1979 permis la formation d'agents secrets irakiens en Allemagne ainsi que remis personnellement au gouvernement de Bagdad des données sur des opposants irakiens.[4] Kinkel a offert par la suite des livraisons d'armement ainsi que la formation de policiers irakiens.[5] Rien que l'entreprise Telemit, instruite par le BND, a exporté des armes d'une valeur de 100 millions de Mark en Irak; plus de la moitié des entreprises étrangères qui pendant les années 1980 ont contribué au réarmement de l'Irak, étaient d'origine allemande.[6] Les policiers irakiens ont été formés en Allemagne en 1982; la formation comprenait aussi des instructions sur "l'usage de différentes sortes d'armes chimiques".[7]

Plus prudent

Comme vient d'indiquer l'expert des services secrets Erich Schmidt-Eenboom à german-foreign-policy.com le service secret étranger allemand "a toujours été beaucoup mieux que les américains et aussi les concurrents européens en ce qui concerne les contacts de renseignement avec le monde arabe".[8] Ces contacts concernent entre autre la Syrie, car dans sa capitale le BND a ouvert une résidence légale en 1989. Mais, selon Schmidt-Eenboom, depuis que les Etats-Unis ont récemment attaqué l'Irak, la Syrie est devenue plus "prudente" dans sa coopération avec les services secrets allemands - ce qui n'empêcha pas la coopération étroite des deux pays au cours de l'emprisonnement et de la torture de l'allemand Haydar Zammar. Zammar, qui est incarcéré dans une prison syrienne, a été interrogé par les services secrets allemands en 2002.

"Conseiller pour les questions juives"

La coopération de la République fédérale d'Allemagne avec Damas remonte aux années 1950. Dans ces années-là l'ancien officier SS Alois Brunner, qui est directement responsable du génocide des juifs européens, s'est soustrait à une poursuite judicaire en se réfugiant en Syrie avec l'aide du chef des services d'espionnages allemands. Là-bas il travaillait comme expert des services secrets pour le Proche-Orient. Brunner était membre du prédécesseur du BND, l'"organisation Gehlen" et participait également à la formation des services de renseignements égyptiens.[9] En Syrie il était pendant un certain temps considéré comme un "conseiller pour les questions juives".[10]

Va-et-vient

A l'entrée de Brunner dans les milieux des agents secrets du Proche-Orient allait suivre l'arrivée d'agents secrets allemands dans pratiquement tous les états arabes. Le travail à Bagdad était longtemps considéré comme difficile, car le régime Baath se présentait comme plus sûr de lui que sa version syrienne et savait mieux tirer parti de la compétition entre les deux blocs: Pendant un certain temps les services secrets des deux états allemands étaient présents et se tenaient mutuellement en échec. Au cas où les activités du BND dans la capitale irakienne devaient être réduites, voir que tous les agents devaient quitter le pays, les services secrets allemands se retiraient en Afghanistan - comme c'est le cas sous l'actuel régime d'occupation. Les va-et-vients entre Bagdad et Kabul sont légendaires et devraient même augmenter suite aux récentes révélations.

Base Kabul

Des bases alternant entre Bagdad et Kabul font partie du tableau d'organisation traditionnelle des services de renseignements étrangers allemands. Déjà en 1917 des agents secrets allemands ont fui la capitale irakienne qui n'était plus très sure pour rejoindre l'Afghanistan, où ils se sont dédiés à des activités de guerre - comme aujourd'hui. La mission du groupe autour du chevalier Oskar de Niedermayer était d'inciter les dirigeants afghans à la guerre sainte contre la Russie et le Royaume-Uni. L'attitude anticoloniale des allemands, qui se présentaient comme des amis de la liberté et des ennemis des conquêtes occidentales leurs apportaient beaucoup de sympathies; ils s'en servaient après la fin de la guerre. A partir de 1920 les activités d'espionnages de Berlin s'étendaient sous couvert de projets civils et attiraient des diplômés du collège germanophone "Maktab al Nedschat" à Kabul. Cet institut, fondé en 1924 comptait plus de 900 élèves en 1938, parmi lesquels ont recrutait des agents d'indic et de perspective. Leur qualification finale était décidée après un séjour à Berlin. Le régime nazi recrutait également des agents indigènes dans l'école d'état-major de Kabul, dirigée par un allemand, qui complétait une école de police afghane - dirigée par un commandant de police allemand.

Convoité

Des parties de ce réseau d'agents secrets afghans restaient intacts après 1945 et ont constitué la base de l'arc d'espionnage qui opérait de Damas à l'ouest, de Kabul à l'est et qui comprenait aussi Bagdad. Avec la Téhéran-Connection qui pris son essor sous le Shah Reza Pahlevi et qui faisait du redouté service secret SAVAK un partenaire du BND, le réseau du BND s'est élargi pour former un triangle: Damas-Téhéran-Kabul. Malgré des changements de régimes en Asie centrale et dans le Moyen-Orient le service de renseignements allemand disposait des capacités logistiques qui faisaient de lui un sous-traitant très convoité pour la planification et l'exécution de la guerre contre l'Irak. Aucune des puissances assaillantes n'avait de relations anciennes comme Berlin en avait; aucune ne pouvait autant tromper les victimes de cette guerre, car à Bagdad on croyait toujours au caractère fondamentalement anticolonial et antioccidental de la politique allemande.

Tromperie

Comme le montre la mission de la soi-disant archéologue Susanne Osthoff, avortée par son enlèvement, cette fausse image de la politique étrangère allemande, caractérisée par un amour altruiste pour la paix, est toujours présente dans les états arabes [11]. L'espionnage allemand en a déjà profité dans le cas Osthoff; la tromperie a été d'autant plus lourde de conséquences pour les victimes, la population civile irakienne, lorsqu'on a accepté que des agents secrets allemands pouvaient rester à Bagdad. Il ne restait que des morts.

[1] Kampfhilfen aus Pullach; Süddeutsche Zeitung 13.01.2006. BND meldete den Amerikanern auch Truppenbewegungen; Spiegel Online 14.01.2006
[2] voir aussi Mis a nu
[3] voir aussi Straflosigkeit und Eskalation
[4] Bundestags-Drucksache 13/4374 vom 17.04.1996
[5] Erich Schmidt-Eenboom: Schnüffler ohne Nase. Der BND - die unheimliche Macht im Staate, Düsseldorf 1993
[6] voir aussi Deutschland: Bedeutendster Waffenlieferant des Irak et "Gängige Kaliber
[7] Der Exportweltmeister als Todeshändler. Die Beteiligung der Bundesrepublik an der Aufrüstung des Irak; epd-Entwicklungspolitik 15/2002
[8] voir aussi Interview mit Erich Schmidt-Eenboom
[9] voir aussi Ankerland
[10] Georg Hafner, Esther Schapira: Die Akte Alois Brunner, Frankfurt am Main 2000
[11] voir aussi Zone de retraite et Lügen