Droits de l'homme

KALKHORST |

KALKHORST La Fondation Alfred Toepfer de Hambourg exige d'être indemnisée de nouveau pour les biens qu'elle avait mis au service du régime national-socialiste. A cet effet, elle a déposé une plainte devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme. C'est dans ses propriétés que la Fondation avait participé aux plans d'annexion des pays voisins de l'Allemagne destinés à être germanisés. Cette ancienne propriété de plusieurs centaines d'hectares, mise alors au service du national-socialisme, relève des dispositions des Accords de Potsdam signés par les Alliés, en 1945. Ces biens avaient été confisqués après 1945 ,,afin d'empêcher à jamais le retour (...) du militarisme allemand et du nazisme". Cette saisie constituerait, selon les plaignants, une violation de leurs ,,droits de l'homme".  Cette fondation de sinistre mémoire fait partie d'un groupe influent d'organisations ethnicistes allemandes disposant de liens directs avec le gouvernement fédéral allemand. C'est ainsi que Christina Weiss (SPD), ministre d'Etat à la Chancellerie de Berlin officie également au sein de la Fondation Toepfer.

Comme l'a confirmé la Cour Européenne de Justice, la Fondation a fait valoir jeudi dernier qu'elle bénéficierait de la protection de la Convention européenne des Droits de l'Homme. Si la Fondation avait déjà été effectivement indemnisée en 1994 pour la confiscation de ses biens après 1945, les héritiers d'Alfred Toepfer estiment aujourd'hui que cette indemnisation est ,,bien en dessous de la valeur actuelle à la revente"de l'ancienne propriété mise par la Fondation au service du régime nazi.

Monde aryen

Au nombre des propriétés de la Fondation Toepfer mises par Alfred Toepfer lui-même à la disposition du régime hitlérien figurait entre autres le domaine de Kalkhorst, qui servit jusqu'en 1945 d' ,,Ecole des Cadres"( ,,Reichsführerschule"). C'est là qu'étaient formés des collaborateurs étrangers du Troisième Reich destinés à occuper les différents postes de la hiérarchie nazie dans la quasi totalité des pays européens occupés. A l'origine de ces projets, on trouve la réalisation d'un ,,nouvel ordre"racial du continent sur la base de critères ethniques. Le mécène (Alfred Toepfer) donna lui-même à Kalkhorst des conférences sur la race au cours desquelles il appelait à l'unité raciale du monde aryen ( ,,camarades de race"/ ,,Blutsgenossen").

Le mécène

Pendant la deuxième guerre mondiale Alfred Toepfer, négociant à Hambourg, était en poste à Paris où il a participé à l'organisation de l'intendance de l'occupant allemand. Comme l'ont établi des historiens français 1), les firmes d'Alfred Toepfer ont également approvisionné les autorités allemandes d'occupation en Pologne. Ce sont elles qui vendirent aux autorités allemandes la chaux vive destinée à recouvrir les cadavres des fosses communes du ghetto de Lodz. Toepfer surmonta les crimes nazis après une courte détention. Il investit alors son argent sale dans de nouvelles activités ethnicistes. Selon les mêmes sources 2), Alfred Toepfer a employé après la guerre - dans ses firmes d'Allemagne fédérale - plusieurs criminels de guerre nazis, dont le responsable de la déportation de 400.000 (quatre cent mille) citoyens hongrois d'origine juive. Dans les années soixante, Toepfer a subventionné un auteur nazi: Thies Christophersen, qui a bâti sa réputation par la négation des crimes d'Auschwitz.

Traditions et coutumes

Le passé et les continuités de la Fondation ont donné lieu à de nombreux scandales en France: des prix de la Fondation décernés par le mécène Toepfer durent être supprimés. Ainsi, le ,,Prix Strasbourg"a été supprimé en 1996 à la suite de protestations d'historiens et sous la pression de la Municipalité et de l'Université de Strasbourg. En décembre 2002, une tentative de réhabilitation de la Fondation à l'Institut Historique Allemand à Paris (IHAP) a échoué, à la suite de nouvelles protestations d'historiens. Malgré une interpellation au Parlement suisse, en avril 1999, au cours de laquelle Alfred Toepfer avait été qualifié de criminel nazi 3)- et en dépit d'activités pour le moins douteuses dans les milieux ethnicistes - , la Fondation n'a jamais été inquiétée en Allemagne. Mieux même: Lothar Spaeth, ancien ministre-président du Bade-Wurtemberg n'a pas hésité à accepter, en janvier 2003, à Colmar, un prix décerné par la Fondation Goethe, à Bâle, filiale de la Fondation Toepfer de Hambourg. La ministre du gouvernement fédéral allemand pour la Culture et les médias: Christina Weiss, ,,directement placée sous l'autorité du Chancelier Schroeder", s'est mise au service de la Fondation Toepfer, à Hambourg. C'est pour le compte de cette fondation que madame Christina Weiss ouvre ,,en faveur des traditions et coutumes"de la Ville Hanséatique de Hambourg.

1) Vers la réhabilitation d'une fondation allemande au lourd passé au service du nazisme, grâce aux bons offices de l'Institut Historique Allemand à Paris?
2) Remise du Prix Joseph Rey de la fondation allemande Johann Wolfgang von Goethe-Stiftung de Bâle, le samedi 11 janvier 2003 à Colmar, à M. Lothar Spaeth, ancien ministre-président du land de Bade-Wurtemberg
3) Interpellation au Sénat du Canton de Bâle 12.04.1999.