La présidence allemande et sa volonté d'imposer un nouveau traité constitutionnel
par Yvonne Bollmann
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Au Parlement européen aussi, l'Allemagne tient les choses bien en main; des députés d'autres pays disent que des politiciens allemands ont fait main basse sur l'hémicycle. Hans-Gert Pöttering en est le président, Martin Schultz est président du groupe PSE; si ses collègues allemands ont choisi le Français Joseph Daul comme président du groupe PPE, c'est parce qu'il parle parfaitement leur langue. L'Allemagne a certes perdu la présidence de la commission des Affaires étrangères, mais elle détient à présent celle de la commission Industrie, recherche, énergie, et celle de la commission Budget, ce qui n'est pas une mauvaise affaire. Depuis 2004, c'est un membre de la CDU, Klaus Welle, qui est à la tête de la Direction générale "Politiques internes", dont il a politisé l'appareil administratif; il sera peut-être le prochain secrétaire général du Parlement européen.
Dans les institutions de l'Union européenne, d'autres Allemands détiennent des postes clés. Depuis un an, Helga-Maria Schmid, qui vient du ministère allemand des Affaires étrangères, dirige l'état-major de Javier Solana. Elle joue un rôle essentiel dans la politique européenne au Proche-Orient et en Asie centrale. Elle est très proche de Solana, le conseille, prépare ses voyages; il se fait représenter par elle dans des missions importantes.
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Un autre Allemand, Rudolf Strohmaier, est chef de cabinet de Viviane Reding, commissaire responsable de la Société de l'information et des Médias. L'Allemand Matthias Ruete est depuis 2006 à la tête de la Direction générale Transports Energie; au sein de la commission, il est conseiller de deux commissaires (dont Jacques Barrot); il a fait capoter la politique unilatérale en faveur du rail et l'a remplacée par un programme où tous les moyens de transport sont pris en compte; il est également responsable de la nouvelle stratégie européenne en matière d'énergie.
L'Allemand Johannes Laitenberger est porte-parole de la Commission, et un intime de Barroso, dont il est aussi conseiller, et pour qui il assure la jonction avec l'Allemagne. Il est l'artisan de la "stratégie de Lisbonne", adoptée en 2000, et qui doit faire de l'Europe en 2010 la zone la plus compétitive du monde, ainsi que du projet d'"Europe des résultats".
Depuis 2001, l'Allemand Klaus Gretschmann est directeur général du secrétariat du Conseil des ministres; il s'occupe entre autres de politique industrielle, et est l'un des principaux interlocuteurs de l'industrie allemande à Bruxelles. Celle-ci semble trouver son compte dans cette présence d'Allemands à des postes de décision et d'influence; l'accord sur la directive Reach, relative aux produits chimiques, et qui l'avait inquiétée un temps, est dû à l'action discrète d'un eurodéputé de la CDU, Hartmut Nassauer. L'industrie allemande tire également profit, à l'autre bout de la chaîne, de l'arrivée dans l'Union d'une masse de nouveaux consommateurs. Frank-Walter Steinmeier a déclaré récemment que l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie va certes coûter cher en subventions, mais que "remettre quelqu'un à flot aujourd'hui, c'est faire qu'il sera demain un client de plus pour les entreprises allemandes".
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Ainsi qu'il l'a dit fin janvier dans Financial Times Deutschland, Frank-Walter Steinmeier souhaite qu'il ne soit pas question du traité constitutionnel dans la campagne présidentielle, et que les deux principaux candidats ne s'engagent pas sur des positions qui rendraient un accord plus difficile par la suite. Le ministre allemand a mis en garde contre un durcissement des fronts entre adversaires et partisans du traité: "C'est un compromis qu'il nous faut". L'Allemagne veut que la France lui laisse les mains libres pour pouvoir faire l'Europe à sa guise. Quant à la très "francophile" députée SPD Angelica Schwall-Düren, elle a appelé les candidats à "ne pas fermer trop de portes durant la campagne", pour ne pas rendre plus difficile encore la tâche de la présidence allemande.
Récemment, un diplomate allemand s'est permis de dire que "lorsque la France prendra la présidence, nous n'aurons plus qu'à mettre les pieds sous la table". Nos dirigeants seraient bien plus forts, et on ne parlerait pas d'eux avec un tel mépris, s'ils portaient le Non de leur peuple. Nous serions enfin sans ambiguïté aux côtés de ces alliés potentiels que sont pour nous les Pays-Bas, la République tchèque, la Pologne, la Grande-Bretagne.
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