Ces cartes proviennent d'une "interpellation concrète" [1] du ministère des affaires étrangères auquel on devait communiquer une "prise de position sur la structuration de l'Europe en grandes régions". Le projet a été discuté à la "commission permanente des noms géographiques", une institution qui n'était connue que par des spécialistes et à laquelle appartient entre autre le directeur de l'Institut géographique Leibniz de Leipzig.[2] L'Institution bénéficie d'un financement de l'état et publie des programmes-cadres à des fins politiques et géographiques qui font autorité. Les scientifiques de l'ordre allemand, de soi-disant géographes, se sont fréquemment fait remarquer avec des travaux qui touchent aux droits de souveraineté d'autres états. Dans les travaux de l'institut il est entre autre question d'"Espace vital" ("Lebensraum").[3]
Compacte
La "Grande Structuration de l'Europe" aurait été rédigée sans "intentions nationales-politiques" [4] dit-on des intérêts supranationaux de son élaboration, présentés à un ministère à des fins nationales-politiques. Le projet montre sur plusieurs pages une image de l'Europe germanocentrique, dans laquelle les Allemands apparaissent comme des colons et des porteurs de civilisation, également "en-dehors des régions aujourd'hui germanophones". On y prétend que des "Allemands" se seraient installés "de manière compacte ou insulaire dès les 11ème et 12ème siècles dans de larges parties de la Pologne, des Pays baltes, des Sudètes et des Carpates ainsi qu'en Slovénie ou en Italie du Nord" en totale méconnaissance des transformations historiques des identités nationales.
Porteur
Avec une systématique méticuleuse, des parties des territoires des pays voisins sont attribuées à "l'Europe centrale" selon la conception allemande, ainsi des régions de la "Roumanie à l'intérieur du croissant des Carpates", la "Bucovine", la partie ukrainienne de la Galicie, la "Transcarpatie", la "Région de Grodno au Nord-ouest de la Biélorussie", même "l'actuelle exclave russe Kaliningrad". On dit des Etats baltes qu'ils "appartenaient, comme la Prusse orientale à l'Ordre teutonique". On ne trouve pas nécessaire de mentionner les campagnes d'extermination antislaves de ce même "Ordre teutonique". Au lieu de cela, le texte sur l'"Europe centrale" vante les mérites culturels des Allemands baltes, qui "jouaient un rôle porteur dans la société".
Provocation
La fiction "Europe centrale" est dominée par des Allemands aussi à l'Ouest: au "Schleswig du Nord" (Danemark) et au Luxembourg. La Belgique se voit retirer ses "territoires allemands", la France perd l'Alsace et la Lorraine. La "région" (Alsace et Lorraine) est "aujourd'hui fortement empreinte par la France", peut-on lire à propos du territoire français, dont l'identité est plus marquée par une "population autochtone" - c'est-à-dire des Quasi-allemands de langue alémanique. La déclaration mentionne avec une certaine fierté qu'"après tout" la région (Alsace-Lorraine) "a fait partie du Saint Empire Romain germanique et, de 1871 à 1918, de l'Empire allemand, sans parler de la situation de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale". Les auteurs ignorent qu'une agression militaire et l'annexion de territoires voisins par les troupes allemandes ne peut jamais justifier une incorporation "d'espace culturel", mais au contraire interdit de faire de nouvelles réclamations. Cette référence à l'occupation nazie de l'Alsace et de la Lorraine en particulier est une provocation que n'avaient osée jusqu'à présent que des extrémistes de droite ou des révisionnistes, ce qui pèse d'autant plus lourd qu'il s'agit d'une commande du ministère des affaires étrangères.
Moyenâgeux
On constate expressément que la "Grande Structuration de l'Europe" est conçue à des "fins politiques et administratives" du gouvernement allemand.
Ainsi cette œuvre révisionniste est dans la lignée de tentatives allemandes semblables, de fonder des revendications hégémoniques d'une domination de l'Europe sur l'héritage germanique. Ces tentatives avaient atteint un point culminant sous le régime nazi, lorsque l'élite des géographes allemands se mettaient volontiers à disposition. Comme des études l'ont montré [5], il y avait une coopération directe entre le ministère des affaires étrangères et d'autres instances du régime nazi. Les cartes ont été utilisées entre autre lors de la planification de l'invasion de la Pologne et ont servi lors des opérations d'extermination de la population polonaise.[6] Les cartes de l'"Europe centrale" ne prennent également pas en considération les victimes de l'occupation nazie de la Pologne qui était prévue comme un réservoir d'esclaves d'une "Europe centrale" teutonique.
Ainsi cette œuvre révisionniste est dans la lignée de tentatives allemandes semblables, de fonder des revendications hégémoniques d'une domination de l'Europe sur l'héritage germanique. Ces tentatives avaient atteint un point culminant sous le régime nazi, lorsque l'élite des géographes allemands se mettaient volontiers à disposition. Comme des études l'ont montré [5], il y avait une coopération directe entre le ministère des affaires étrangères et d'autres instances du régime nazi. Les cartes ont été utilisées entre autre lors de la planification de l'invasion de la Pologne et ont servi lors des opérations d'extermination de la population polonaise.[6] Les cartes de l'"Europe centrale" ne prennent également pas en considération les victimes de l'occupation nazie de la Pologne qui était prévue comme un réservoir d'esclaves d'une "Europe centrale" teutonique.Dessous historiques
Que l'"Europe centrale" ("Mitteleuropa") soit devenue un "synonyme d'idées d''espace vital' 'ethnique' - eugéniste et d'exploitation économique" [7], les responsables du ministère des affaires étrangères semblent l'ignorer ou - ce que serait plus grave - le nient. Ainsi sur "l'évolution historique de la notion d'Europe centrale" le récit est interrompu en 1916 pour reprendre avec des considérations sur la période après 1945. Le passage sous silence de la dictature nazie sur l'Europe sous le signe de l'"Europe centrale" évite aux auteurs de mentionner les dessous historiques de la fiction de l'"Europe centrale" qui ressurgit en Allemagne.
Empire
Comme des ouvrages de référence internationaux constatent de manière lapidaire, le programme d'"Europe centrale" allemand représente depuis plus de cent ans une domination économique, "dans laquelle la périphérie septentrionale, méridionale et occidentale du continent doit tourner autour du centre de gravité" [9] - c'est-à-dire autour de l'Allemagne, avec ses satellites rattachés d'Europe de l'est et du Sud-est. L'objectif de ces projets d'"Europe centrale", peut-on lire de manière unanime, serait la création d'un "Empire européen informel" sans barrières douanières, pour que l'industrie allemande ait à sa disposition une zone maximale de débouchés et de ressources. Vu ce contenu, la réédition des projets d'"Europe centrale" du ministère des affaires étrangères n'étonne guère - et arrive juste à temps avant la présidence de l'Allemagne réunie sur le reste de l'Union européenne.
Voir aussi des cartes.




