Jeune génération
La fondation Toepfer veut décerner un "nouveau prix européen de la culture" le 28 janvier 2007 à l'occasion du 75ème anniversaire de son existence. L'événement aura lieu au "Schauspielhaus", un théâtre à Hambourg et un des meilleurs endroits de la ville, et il sera fêté "solennellement".[1] Il est déjà annoncé partout en Allemagne. L'Ecole supérieure de musique met des lieux publics à la disposition de la fondation; dans l'église Saint-Jean de Hambourg d'autres festivités auront lieu. La très haute dotation du prix correspond à la fortune de la fondation: selon ses propres chiffres, elle dispose d'environ 100 millions d'euros; les revenus annuels s'élèvent à environ 2 millions d'euros et sont gérés dans un vieil et luxueux immeuble de bureaux donnant sur l'Alster à Hambourg. Le "Prix européen de la culture" sera décerné à "de jeunes artistes et scientifiques européens" avec une "perspective pour toute l'Europe", peut-on lire dans un communiqué de la fondation.
Subversif
Une perspective pour toute l'Europe est depuis plusieurs décennies le but de la fondation qui a décerné nombre de prix différents, mais cachant un contenu toujours semblable. Sous des noms fantaisistes ("Prix Goethe hanséatique, Prix baron von Stein, Prix Shakespeare, Montaigne, Herder, Alexandre-Pouchkine, Prix de l'art populaire, de la sylviculture, de la culture de la construction et de l'habitat, de la protection de la nature") [2], ces prix ont correspondu au monde des idées germanocentriques du fondateur. Toepfer s'est battu pendant la Première Guerre mondiale pour le leadership européen de la "culture allemande", qu'il a contribué à former en tant que soldat d'occupation en Belgique. Toepfer est ensuite resté fidèle à la cause du soutien idéologique des minorités germanophones, en finançant des lieux de rencontre germanophiles en Alsace. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Toepfer faisait également référence aux importantes performances culturelles de sa nation et de sa langue. En tant qu'officier des services d'espionnage extérieur, Toepfer a contribué au travail "ethnique" subversif des troupes d'occupation en France.
Dédommagement
Les entreprises de Toepfer en tiraient également profit: elles livraient entre autre du chaux éteinte pour les fosses communes du ghetto juif de Lodz ("Litzmannstadt") et ont aussi participé au pillage économique du continent. Toepfer, qui défendait l'idée d'une réorganisation de l'Europe sous le leadership allemand, recevait dans son domaine de "Kalkhorst" des dirigeants nazis comme Heinrich Himmler, même lors des derniers jours de la guerre. "Kalkhorst" était le centre de formation de l'"Association pour la culture allemande à l'étranger" et grâce à la protection de Toepfer, de nombreux collaborateurs de l'occupation nazie dans l'Europe entière en sont issus. En 2004, la fondation Toepfer essaya d'obtenir des dédommagements pour l'expropriation en 1945 du domaine de "Kalkhorst".[3]
Camerades
Parmi les collaborateurs de Toepfer on compte après 1945 des criminels nazis notoires tels que Edmund Veesenmeyer, bras droit d'Adolf Eichmann dans l'opération de déportation de 400.000 Hongrois d'origines juives dans les camps allemands d'extermination ou Hans-Joachim Riecke, coresponsable de la mort de plusieurs centaines de milliers de prisonniers de guerre soviétiques. Toepfer accordait également un soutien financier à l'extrémiste de droite notoire Thies Christophersen, auteur du livre "Le mensonge d'Auschwitz".
Mot d'ordre du moment
En même temps le fondateur réorganisait son empire culturel qu'il ciblait sur les "ethnies" d'Europe de l'est, dont il voulait préserver l'"identité". Les activités ethnicistes furent présentées comme un soutien à la rivalité entre les deux blocs durant la Guerre froide et ont bénéficié du soutien de l'état allemand. Le travail de Toepfer à l'est durant cette époque aurait "été une grande contribution, (pour) jeter le regard sur les scientifiques et des artistes d'Europe de l'est, au-delà du 'Rideau de fer'", selon l'actuel président de la fondation, Ansgar Wimmer et sa description du travail de subversion ethno-politique. Maintenant, treize ans après la mort du fondateur (1993) le mot d'ordre du moment serait plutôt de "jeter le regard sur la jeune génération d'artistes, de médiateurs de la culture et de scientifiques".[4]
Approvisionnement de route
La fondation Toepfer souhaite surtout "renforcer" ses efforts pour convaincre de jeunes gens d'Europe de l'est de faire des études dans des universités allemandes; de cette façon l'influence allemande dans le domaine culturel et scientifique des états d'Europe de l'est pourrait être renforcée. Puisque des études en Allemagne sont trop chères pour de nombreux étudiants de ces pays, on prévoit des bourses: Les étudiants auraient besoin de "moins de lauriers" mais de "plus d'approvisionnement de route", dit-on; on souhaite "investir dans les personnes de manière ciblée". Sans parler de la participation du fondateur à la politique de pillage nazie en Europe de l'est, la presse allemande écrit qu'il est du mérite de Toepfer "d'avoir largement ouvert la porte vers l'est" déjà autrefois. "La fondation veut se consacrer encore plus fortement à cette ouverture."[5]
Exclusif
Le but de la fondation Toepfer est l'intégration des boursiers dans un "Réseau européen de soutien". On offrirait aux désormais plus de 4000 lauréats et boursiers une "structure exclusive de communication".[6] Des personnes considérées comme particulièrement qualifiées auraient par ailleurs la possibilité de participer au "Collège Toepfer" privé. Ici des contacts exclusifs pourraient être fournis: La fondation entretien des relations étroites non seulement avec de nombreuses universités allemandes, avec la Confédération patronale BDA ainsi qu'avec diverses autres fondations, mais compte aussi parmi ses lauréats des hommes politiques en exercice ou en retraite, ainsi que des membres du gouvernement ou des hauts fonctionnaires.
Médaille
L'attribution du prix "Herder" de la fondation Toepfer cette année indique l'orientation actuelle du travail du réseau dans l'ensemble de l'Europe ainsi que ses bénéficiaires politiques. Le lauréat est l'historien polonais Wlodzimierz Borodziej. Avec ses travaux sur le déplacement de l'Europe de l'est de gens d'origine allemande ("Complexe de l'expulsion") , Borodziej aurait acquis beaucoup de mérite, peut-on lire dans une publication de la fondation.[7] En effet, les œuvres du lauréat on contribué à lancer en Pologne une discussion sur la thématique du déplacement des populations, sans qu'on aurait eu l'impression que le débat soit lancé par l'Allemagne. Borodziej a déjà été récompensé pour ses performances dans ce domaine il y a plusieurs années - avec une médaille ("Croix fédérale pour services rendus"), décernée par le chef d'état allemand.[8]
Intensifié
Des grands historiens en France et en Allemagne réagissent avec de l'étonnement et des critiques à l'attribution annoncée du "Prix européen de la culture". Toepfer n'aurait, avec ses activités pendant et après la guerre, "contribué ni à la paix, ni à la construction de l'Europe", a jugé le Lionel Boissou, auteur d'une biographie de Toepfer il y a déjà quelques années.[9] La plus grande fondation privée n'en tire pourtant aucune conséquence - au lieu de cela elle intensifie son travail d'influence et poursuit la voie de la politique étrangère allemande vers l'est.
voir aussi Ethniquement pur et Wille und Vorstellung




