Préparations à la guerre
Comme le rapporte la presse congolaise, les dirigeants de plusieurs milices irrégulières se préparent à une nouvelle guerre à l'est du pays. La raison est l'approche des élections. Lors des guerres congolaises des années 1990 dans la province du Kivu du nord et dans les autres régions frontalières du Rwanda, des forces sécessionnistes ont pris le pouvoir; elles veulent séparer des parties du territoire du Congo et les rattacher au Rwanda, mais ne disposent pas de suffisamment de soutien pour ce projet parmi la population. C'est pourquoi les sécessionnistes sont déjà maintenant considérés comme les perdants des élections.[1] Ils essaient de faire face aux possibles pertes d'influence par différents moyens. Ainsi on dit du gouverneur du Kivu du Nord qu'il garde plusieurs options et essaie de conserver sa position grâce à une coopération avec Kinshasa. En même temps les indices s'accumulent concernant des préparations imminentes à des combats de la part de milices proches du Rwanda, avec lesquels le gouverneur maintient le contact.[2] Au centre se trouvent les chefs de milice Laurent Nkunda [3] et Jules Mutebutsi [4], qui sont accusés d'être les responsables d'une mutinerie en juin 2004 et des graves crimes de guerre qui l'ont suivie [5].
Refuge
Nkunda et Mutebutsi, qui après la mutinerie ont dû fuir à cause d'une forte pression internationale, ont trouvé refuge en été 2004 au Kivu du nord - sur le terrain d'une entreprise minière qui porte le nom de Somikivu.[6] Somikivu est majoritairement détenu par des Allemands, le gouvernement fédéral peut par contre exercer de l'influence sur les activités de cette entreprise par un contrat de tutelle (german-foreign-policy.com l'a évoqué dans des précédents articles).[7] Berlin n'a pas empêché la présence des deux présumés criminels de guerre; encore en décembre 2005 des contingents de l'armée régulière du Congo durent chasser les milices rebelles du terrain de Somikivu. L'entreprise est dirigée depuis avril 2004 par un homme d'affaires qui est considéré comme fidèle au Rwanda. Il est soupçonné d'entretenir des liens criminels avec une organisation de trafiquants d'armes soumise à des sanctions de l'ONU.[8]
Intime
Les Nations unies accusaient déjà le précédent directeur allemand de l'entreprise minière, Karl-Heinz Albers, de financer les milices pro-rwandaises.[9] On dit d'Albers qu'il a contribué au financement de la guerre à l'est du Congo grâce à son vaste réseau d'entreprises. Une diplomate du ministère des affaires étrangères en retraite avait une vue sur les activités d'une de ses entreprises en tant que membre de son Conseil de surveillance. Elle connaissait très bien la situation politique dans la région frontalière entre le Congo et le Rwanda - il s'agit de Johanna König, l'ancienne ambassadrice allemande au Rwanda.[10]
Récompense
Albers réalisait la vente des ressources du Congo oriental à travers le Rwanda en coopération avec Johanna König et a ainsi contribué à consolider le gouvernement militaire de ce dernier. Le régime de l'ancienne colonie allemande du Rwanda se conformait aux exigences occidentales: Avec des actions militaires à la frontière du Congo il pouvait mettre en valeur les intérêts miniers des anciennes puissances coloniales et mettre sous pression le gouvernement central.[11] En contrepartie le Rwanda, le pays où se trouvait l'ancienne ambassadrice allemande pouvait "de facto s'incorporer les deux provinces du Kivu (à l'est du Congo)", selon l'expert de l'Afrique et ancien collaborateur du ministère de la coopération économique et du développement, Dr. Helmut Strizek, lors d'un entretien avec cette rédaction. "Avec ses ressources minières - Or, Coltan et autres - l'amélioration durable de la base de devises du Rwanda devrait être possible". D'après le jugement de Dr. Strizek ceci s'est fait aussi avec l'approbation du gouvernement fédéral.
Conséquent
Le gouvernement fédéral coopère étroitement avec le régime militaire du Rwanda, qui a pris le pouvoir après le génocide de 1994.[12] Des soldats de la Bundeswehr (l'armée allemande) ont accompagné le changement de régime dans le cadre d'une mission de l'ONU au Rwanda; à Kigali on "reconnaît, que l'Allemagne s'est (...) rapidement engagée avec de l'aide humanitaire et de la coopération au développement", selon le ministère des affaires étrangères.[13] Par la suite l'armée rwandaise occupait le Congo oriental, en accord avec l'Occident, l'exploitation de ses ressources minières au profit du Rwanda atteignait de nouveaux sommets. Logiquement le Rwanda a été considéré par Berlin en 2001 comme un des principaux destinataires de l'"aide au développement" allemand.
Coopération des élites
L'étroite coopération entre Berlin et l'actuel régime militaire du Rwanda rappelle des souvenirs du régime colonial allemand en Afrique orientale. L'Allemagne contrôlait le Rwanda, qui lors de la conférence du Congo de Berlin de 1884/85 a été attribué au Reich, par un système de domination indirecte qui se basait sur les élites locales. Les troupes expéditionnaires de Berlin intervenaient lors de révoltes, comme en 1912, lorsque la famille de la haute noblesse rwandaise Ega, qui était très utile à l'empire, était menacée. Comme le raconte l'expert de l'Afrique, Dr. Strizek, dans une monographie qui vient de paraître, l'actuel président de la République Kagame était un haut représentant de cette famille, qui à l'époque "a été sauvée militairement par les Allemands contre des tentatives d'autonomie au nord du Rwanda" [14] - comme à cette époque Berlin travaille aussi aujourd'hui étroitement avec le clan familial.
Matières premières
Parmi les partisans de Kagame on compte le présumé criminel de guerre Laurent Nkumba. Nkumba soutenait Kagame déjà au début des années 1990 lors de sa tentative de prise de pouvoir à partir de son exil ougandais.[15] Après qu'il y réussit suite au génocide, Nkunda participa à diverses campagnes contre le Congo, qui ont été soutenues par l'Occident et qui permettaient de facto au Rwanda de contrôler l'est du Congo - en particulier ses ressources.
Options
Laurent Nkunda avait des positions dirigeantes dans les milices pro-rwandaises, qui entre autre achetaient leurs armes avec les bénéfices que rapportaient la vente de matières premières à l'Allemagne, et qui ont finalement trouvé refuge sur le terrain de l'entreprise minière allemande Somikivu. La menace de Nkunda d'empêcher les prochaines élections avec de nouveaux combats, accompagne le début de la plus large intervention militaire allemande en Afrique depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. L'expédition offre plusieurs options à Berlin: Lors d'un résultat favorable aux élections, les accords sur l'exploitation des matières premières peuvent être conclus avec un gouvernement central congolais docile; si ce projet échouait il resterait le recours aux miliciens du Congo oriental et du Rwanda protégés par l'Allemagne. Ils sont prêts.
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