Les camps
Comme vient de l'annoncer le gouvernement mauritanien, dans l'immédiat il va prendre des mesures pour contrôler le trafic maritime ayant pour but le territoire de l'UE. Il s'agit plus concrètement des îles Canaries. Parmi ces mesures on compte la construction de nouveaux postes frontières pour étendre les patrouilles et intensifier la surveillance.[1] Berlin et Bruxelles disposent déjà de plans qui vont dans ce sens. L'envoi de forces de police européennes - probablement d'Espagne - est également en perspective. En plus les immigrants arrêtés seront bientôt internés dans des camps.[2] La Maurétanie se soumet ainsi à la pression de l'UE, qui se sert de l'agonie de masse des réfugiés sur la mer entre le continent africain et les îles Canaries comme prétexte pour demander la fermeture définitive de la côte mauritanienne. Selon des organisations humanitaires, rien que dans ces quatre derniers mois au moins 1200 personnes sont mortes lors de leur évasion par la mer.
Expulsion
L'agonie de masse devant la côte occidentale de l'Afrique est la conséquence immédiate des mesures que l'UE impose sur la côte africaine de la Méditerranée. En automne on avait demandé au Maroc d'intensifier ses contrôles le long de ses frontières.[3] Des flux d'immigrants qui auparavant passaient par la côte marocaine ont ainsi été déviés sans que l'UE s'intéresse pour les causes. A la suite de quoi on pouvait assister à un déplacement de ces flux vers l'Ouest qui passent désormais par la Maurétanie. Au Sénégal où les îles Canaries - et ainsi le territoire de l'UE- peuvent être atteint avec des moyens de transports peu sophistiqués, en général des bateaux légers, cette voie est désormais bouchée.
Plans
Pour renforcer les frontières mauritaniennes et construire des camps l'UE coopère avec un régime qui a pris le pouvoir par un putsch en août dernier. L'actuel président, qui, il y a quatre semaines seulement a envoyé un émissaire spécial pour des négociations avec le ministère des affaires étrangères à Berlin, est considéré comme responsable pour des actes de tortures, la liquidation d'oppositionnels et des massacres commis contre des minorités.[4] Ces circonstances n'empêchent pas Berlin d'offrir une coopération technique pour la construction de barrières maritimes. Des mesures préparatoires reposent sur des plans de l'ancien ministre de l'intérieur Otto Schily. D'après ces plans les barrières dans la mer méditerranée et dans la périphérie de l'est de l'Europe seraient déjà en grande partie opérationnelles.
Seulement des cellules
Berlin complète sa politique d'immigration par des restrictions de la liberté de mouvement à l'intérieur. En ce moment le ministère de l'intérieur travaille sur une reformulation de la soi-disant loi sur l'immigration. Des personnes qui veulent jouir en Allemagne du droit d'asile, pourtant garanti par la constitution, seront soumises à plus de contraintes. Ainsi des entrants seront renvoyés à la frontière allemande s'il n'y a rien que le simple soupçon qu'ils veulent demander le droit d'asile; une incarcération immédiate serait également possible.[5] Des demandeurs d'asile verront désormais entre le moment de leur entrée sur le territoire et leur expulsion "de l'Allemagne seulement des cellules", a déclaré le responsable des affaires européennes de l'organisation des droits de l'homme Pro Asyl, Karl Kopp, lors d'un entretien avec cette rédaction.
Voie de garage Dublin II
Selon Kopp le but stratégique de la politique de Berlin serait d'expulser des réfugiés prêts à entrer sur le territoire des états au sud et à l'est de l'UE. Selon Kopp, le "règlement Dublin II" de l'UE prévoit "qu'au sein de l'UE seul l'état qui a permis l'entrée sur le territoire de l'UE aurait la charge de traiter la demande d'asile". La conséquence est une pression croissante sur les états frontaliers - souvent pauvres - au Sud et à l'Est de l'UE, dans lesquels des rejets de ressortissants d'Etats non-membres de l'UE sont en augmentation. Les camps que Berlin veut y construire - exemple récent: la Maurétanie - seraient "en quelque sorte le prétexte pour légitimer des pratiques de rejets non conformes au droit international en affirmant que l'on construit maintenant des 'systèmes d'accueil'", juge le responsable des affaires européennes de Pro Asyl lors de son entretien avec german-foreign-policy.com. Il fait aussi référence aux camps de misère déjà existant en Ukraine, dans lesquels les internés souffrent de faim.[6]
Se débarrasser
On aurait en plus "l'impression", que les rejets, pourtant contraires au droit international, auraient été "codifiés sous forme d'une directive européenne", plus précisément la directive sur la procédure d'asile adoptée par la Commission européenne en décembre dernier. Selon ce texte il serait désormais possible d'expulser des réfugiés sans ménagement dans des états en-dehors de l'Europe; il ne serait même pas nécessaire que cet état ait ratifié la convention de Genève sur les réfugiés. Selon Kopp, cette directive, qui s'inspire des règles déjà en vigueur en Allemagne depuis 1993 et qui a été transposée au niveau européen sous la pression de Berlin [7], peut être considéré comme une "compensation" pour les états au sud et à l'est de l'UE. On aurait "dit en quelque sorte: On a eu beaucoup de succès avec notre 'règle de l'état tiers'; si vous l'appliquez, vous pouvez vous débarrasser du problème de devoir accueillir plus de réfugiés."
Catastrophe
Cette "catastrophe pour la protection européenne des réfugiés" (Kopp), est due à la tentative de Berlin de donner à l'Allemagne la "position insulaire" sans réfugiés au sein de l'UE. La semaine dernière le ministère de l'intérieur a publié les nouvelles statistiques sur les demandes d'asile, qui démontrent le succès de cette tentative. Ainsi lors des deux premiers mois de l'année en tout 3.801 personnes ont fait des demandes d'asile en Allemagne - 15,4 pour cent de moins que l'année précédente ce qui est le taux le plus bas depuis l'éphémère ouverture des frontières à l'est en 1989/90. En même temps 6.326 procédures d'asile ont été traitées. 63 pour cent des demandes ont été rejetées, 33,8 pour cent se sont "réglés d'une autre façon" (par le retrait de la demande ou le suicide), 2,4 pour cent (149 personnes) ont reçus une garantie contre une expulsion selon les dispositions la convention de Genève. Le droit d'asile a finalement été accordé en janvier et en février - provisoirement pour trois ans, car après il peut être retiré - que pour 0,8 pour cent des demandeurs. Ce sont en tout 52 personnes, moins d'une par jour.[8] A peu près dix meurent chaque jour lors de leur tentative d'entrer dans l'UE par les îles Canaries.
Lisez aussi Festung Europa et Interview mit Karl Kopp.




