Ver.di de Stuttgart diffuse depuis le début de l'année un important tirage de tracts, une imitation des horaires de trains de la DB AG, s'adressant directement aux voyageurs. On y décrit le destin de quatre enfants juifs de Bade et du Württemberg qui avaient réussi à fuir le Reich allemand. Ils ont cependant été démasqués en France et déportés dans les camps d'extermination nazis - par la "Reichsbahn". Sous les photos des assassinés on peut lire, en allusion à l'attitude de l'actuel conseil d'administration berlinois du réseau ferré: "Nous vous prions de regarder les visages des enfants et de marquer votre refus de la froideur et de l'indifférence. Ecrivez à la Deutsche Bahn AG!"
Ne pas avoir lieu
L'entreprise milliardaire, soumise au contrôle effectif du gouvernement berlinois, a repoussé en une année toutes les demandes que les initiatives citoyennes et les organismes tant chrétiens que juifs ont adressé au président du conseil d'administration, Mehdorn, portant sur la possibilité d'organiser dans les gares publiques allemandes une exposition retraçant le sort réservé aux enfants déportés.[1] Une exposition analogue avait été présentée, depuis juin 2000 jusqu'en décembre 2004, dans 18 gares françaises, généreusement soutenue par l'entreprise nationale SNCF (Société nationale des chemins de fer français). Le point d'orgue du souvenir de mémoire fut atteint par la présentation des photographies et dernières lettres d'enfants à Paris, dans la gare du Nord, où une version en langue anglaise atteignait même les voyageurs de l'"Eurostar" (Paris Londres). Quand Beate Klarsfeld, représentante française des initiateurs, a adressé ensuite à la direction berlinoise des chemins de fer une proposition de reprise de cette exposition, elle fut renvoyée sur Nuremberg - vers le musée local des chemins de fer allemands; la prise de position du président du conseil d'administration Mehdorn était qu'une représentation des destins d'enfants ne devait pas apparaître dans les gares publique allemandes.[2]
Prédécesseur
Le verdict fut étayé par diverses affirmations protectrices. Une fois ce sont les moyens financiers qui manquaient, soi-disant, à la DB AG, puis ce furent des questions de sécurité qui furent soulevées, et enfin se prétendant l'avocat des assassinés on prétendit que leurs destinées ne seraient pas à leur digne place dans l'atmosphère profane d'une gare. Cet avis est partagé par le Consistoire central des juifs en Allemagne, prétendit la direction de la DB - Le Consistoire démentit immédiatement et s'associa aux demandes de l'"initiative onze mille enfants".[3] Quand toutes les ruses de relation publique de la centrale berlinoise de la DB eurent échouées, la direction de l'entreprise présenta les raisons réelles de son refus: Les demandes d'exposition seraient nuisibles pour l'entreprise car elles représenteraient une mauvaise image des relations entre la Deutsche Reichsbahn (Chemins de fer du Reich allemand) et la société lui faisant suite à savoir la Deutsche Bahn AG (S.A. des chemins de fer allemands).[4] Ces relations sont indéniables. Des historiens et des tribunaux avaient livré leurs preuves dès les années 1960 prouvant dans quelle mesure des cadres criminels nationaux socialistes de la Reichsbahn avaient dirigé la reconstruction de la société allemande des chemins de fer.[5] On trouve parmi les cadres des chemins de fer de l'après-guerre des personnes directement responsables du sort des enfants assassinés mais qui n'ont jamais été traduits en justice. Le groupe de managers autour de la direction actuelle des chemins de fer préfère taire ces faits pour ne pas encombrer de questions gênantes leurs initiatives expansives.[6]
Essais de répression
Cependant la direction du groupe a, par ce refus, obtenu l'inverse. La pression sur la direction des chemins de fer s'accentue [7] depuis que, le 27 janvier 2005, une association sans lien aux partis politiques a rappelé à la gare centrale de Frankfort le dernier voyage par le réseau du rail allemand, à l'aide de photos. Des personnalités et des organismes de l'étranger demandent, également, par une "lettre ouverte" à la direction de la DB AG de bien vouloir réviser sa décision.[8] Des manifestants francfortois, dont des représentants régionaux de la IG Metall ( syndicat uni des ouvriers métallurgistes) se sont associés à des initiatives à Fribourg, Weimar, Cologne et Mannheim.[9] À Berlin les participants à une manifestation, qui portaient avec eux des photos des enfants, tombèrent sur un regroupement policier qui leur a interdit l'accès de la gare centrale "Zoologischer Garten".[10] Les initiatives du souvenir public furent soumises à des restrictions analogues à Dresde et à Leipzig. Mais ces essais de répression n'ont cependant pu empêcher les protestations contre la direction des chemins de fer de constamment s'étendre l'an dernier.
Libérer
Par la cérémonie du 27 janvier prochain, la ver.di Stuttgart intensifie les activités nationales et présente dans le cadre du "DGB-Haus" (maison des syndicats unis), pour la première fois, des objets de l'exposition demandée, dont 150 photographies d'enfants ainsi que les derniers documents des victimes assassinées. Une autre partie de l'exposition est consacrée aux enfants juifs persécutés venant de Bade et du Württemberg. La plus grande part de ces objets vient des collections de Serge et Beate Klarsfeld dont l'association parisienne des "Fils et filles de Déportés Juifs de France" documente depuis des dizaines d'années le sort des déportés. Les Klarsfeld tiennent toujours à disposition des voyageurs des gares allemandes, une grande part de leur exposition - pour l'instant en vain. Dans le tract qui va être maintenant distribué ver.di écrit que la présentation des documents dans le cadre du "DGB Haus" de Stuttgart ne peut en aucun cas remplacer la confrontation de la Deutsche Bahn AG "avec son histoire". On exige de la direction de la DG AG: "Mettez les gares allemandes à la disposition du souvenir des 11.000 enfants qui ont été persécutés, déportés et assassinés il y a 70 ans."[11]
Décidés
Malgré l'interdiction d'exposer sur des emplacements de la DB AG l'"initiative onze mille enfants" lance un appel à une manifestation et à une cérémonie du souvenir dans la gare principale de Stuttgart - elles aussi le 27 janvier et avec l'appui de ver.di Stuttgart. Comme elle l'avait fait précédemment pour les manifestations à la gare centrale de Francfort l'initiative prévient la direction berlinoise de la DB AG de tout empêchement du souvenir qui sera commémoré pacifiquement mais bien décidée à se maintenir "envers et contre" toutes les oppositions. Les organisateurs attendent pour cette manifestation la présence de Beate Klarsfeld ainsi que d'autres participants venant de l'étranger.
Alcoolisé
Comme l'a mis à jour les recherches de notre rédaction l'opposition permanente contre le souvenir émane d'un groupe restreint de membres du conseil d'administration entourant le chef des chemins de fer Hartmut Mehdorn. Mehdorn qui est surnommé dernièrement "Rambo" [12] dans le Berlin politique passe dans sa propre entreprise pour un fonctionnaire intraitable porteur des intérêts globaux d'expansion. On entend dire dans l'entourage du porte-parole des chemins de fer et intime de Mehdorn Klingberg que malgré les essais réitérés d'internationalisation le groupe Mehdorn reste dominé par des relents poisseux de l'histoire allemande. Mehdorn reçoit maintenant l'appui du politicien de la CSU (parti chrétien-démocrate) Otto Wiesheu qui a été en poste à Munich entre autres en qualité de ministre de l'économie. Après une promenade alcoolisée en voiture, au cours de laquelle Wiesheu laissa un mort, ce membre du conseil d'administration de la DB AG fut élevé au rang de secrétaire général de la "Hanns-Seidel-Stiftung" (fondation Hanns Seidel) qui sévit sur le plan international. C'est à ce titre que Wiesheu coopère avec succès avec ses amis de la fondation sociale-démocrate "Friedrich-Ebert", afin de continuer l'action de la coalition à présent indépendante des partis politiques.
Renseignements à l'adresse suivante: elftausendkinder@web.de
Vous êtes également priés de bien vouloir lire la lettre ouverte adressée au conseil d'administration des chemins de fer; vous y trouverez une adresse de contact qui vous permettra de signer la lettre.




