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Un futur en tant que peuple
10/10/2005
MADRID/BARCELONE/STUTTGART/FRANKFORT
(Compte-rendu de la rédaction) – La région Catalogne en Espagne, partenaire d’une coopération étroite avec le Land allemand du Bade Württemberg, suscite de fortes tensions à l'encontre du gouvernement central, à propos de ses revendications pour une très large autonomie. D’après ses critique, le projet de statut d’autonomie approuvé récemment par le parlement catalan, aurait le caractère d’une constitution d’Etat souverain. Des membres du gouvernement régional à Barcelone, qui travaillent avec les Verts allemands, réclament ouvertement la sécession de la Catalogne, on se fait déjà offrir dans les rues de faux papiers d’identité catalans. Quelques fractions séparatistes revendiquent, en outre la sécession, des territoires français. La foire du livre de Frankfort, ayant déclaré la Catalogne "pays" invité officiellement pour 2007, offre une plateforme au mouvement "Los von Madrid" ("Libérés de Madrid" ou "Sans Madrid").
Le parlement de la région espagnole de Catalogne ("Comunidad Autónoma") a voté le 30 septembre dernier un projet de statut autonome qui a été présenté au Parlement de Madrid pour approbation et qui provoque de vives controverses dans toute l’Espagne. Comme le déclare ce texte, toute décision concernant les impôts devrait être transférée au gouvernement régional de Barcelone, la langue catalane remplacerait l’espagnol dans l’usage administratif interne et tout citoyen espagnol résidant dans la région aurait l’obligation d’apprendre le catalan. Dans le préambule du statut d’autonomie, la Catalogne est définie comme une "nation" [1] et les membres de cette "nation" se voient reconnaître le droit de "décider librement en tant que peuple de leur futur" [2]. D’après les critiques, ce projet est comparable au texte constitutionnel d’un Etat souverain.[3]
República Catalana
En même temps, des membres du gouvernement régional catalan actuel demandent ouvertement la sécession du territoire. "La fondation de la république catalane est une revendication fondamentale" [4], affirme le texte programmatique du parti Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), qui fait partie de la coalition de gouvernement à Barcelone. L’ERC appartient à la fraction "Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne" dans le parlement européen, fraction dans laquelle le parti allemand Bündnis 90/Die Grünen, qui est encore membre du gouvernement, exerce une influence déterminante. Les revendications de l'ERC correspondent aux voeux des activistes du front séparatiste catalan. "Je ne veux pas de lettre 'E' sur ma voiture", peut-on lire dans une pétition qui incite ouvertement à éliminer le symbole national espagnol. De nombreux véhicules affichent désormais à côté de la plaque d’immatriculation un autocollant avec de lignes bleues, sur le modèle du nouveau logo européen, mais dans lequel le "E" d’Espagne a été remplacé par "CAT" pour "Catalunya". Dans les rues de Gérone (en catalan :"Girona") on offre déjà de faux documents d’identité catalans ("Carnet d'Identitat").
Position spéciale
Les revendications d’autonomie et de sécession dans la région de l’Espagne du Nord-Est se fondent sur une position économique spéciale, qui a été encouragée constamment au cours de deux dernières décennies par le Land fédéral du Bade Württemberg. Les origines du "catalanisme" sont à rechercher au XIXe siècle, lorsque le développement industriel du territoire, bien supérieur à celui du reste de l’Espagne, a conduit à un mouvement de rejet de Madrid ("Renaixença Catalana"), dans le but de conférer aux élites locales le contrôle sur la prospérité acquise. Vers la fin du siècle, cela a abouti à un mouvement politique autonomiste. L’autonomisme catalan actuel réactive ce mouvement, qui a été l’objet de mesures répressives à l’époque du gouvernement franquiste. L’état fédéral du Bade Württemberg travaille depuis 1987 avec la Catalogne dans un "partenariat régional", qui contourne le gouvernement central de Madrid. En 1988 la coopération a été élargie dans l’organisation "Quatre moteurs pour l’Europe", dont fait partie aussi la Lombardie, région de l’Italie du Nord fortement marquée par des mouvements sécessionnistes.[5]
Territoires historiquement catalans
Parmi les revendications du catalanisme actuel se trouvent des éléments de caractère populaire national qui ne sont pas éloignés du nationalisme allemand. "Comme fondement idéologique du nationalisme catalan", lit-on dans un ouvrage scientifique de référence, au cours du XIXe siècle s’est "largement affirmé une conception de la nation historicisante et romantique, qui conçoit le peuple catalan en tant qu'individualité collective historiquement constituée" [6]. D’après l'ERC, parti catalan au gouvernement, qui travaille en coopération avec les Verts allemands, l’"identité catalane" se définirait encore aujourd’hui par des "paramètres" communs ("territoire, histoire, traditions, culture, langue et économie") [7] ; les "pays catalans" constitueraient "une des nombreuses nations sans Etat" de l’Europe actuelle, "dont les frontières ont peu à voir avec les réalités nationales" [8]. Quelques fractions séparatistes considèrent aussi comme faisant partie des "territoires historiquement catalans" des parties de la France et revendiquent des territoires sous souveraineté française, comme le font aussi les nationalistes basques.[9]
Caractéristique fondamentale
La foire du livre de Francfort offre désormais une plateforme au mouvement "Libérés de Madrid", ayant déclaré la Catalogne comme "pays" invité officiel à la foire de 2007. L’offre allemande a entraîné une radicalisation du front autonomiste. Ainsi dit-on à Barcelone qu’on ne peut pas présenter à Francfort des ouvrages en espagnol. Contre cette position, plusieurs éditeurs et instituts culturels réclament qu’on considère aussi comme représentants de la culture catalane les auteurs qui ont rédigé leurs œuvres dans la langue officielle de l’Espagne. Le parlement régional a entre-temps pris une résolution pour que la langue catalane soit considéré "une caractéristique fondamentale essentielle" de la littérature catalane, et qu’elle doit par conséquent écarter l’espagnol.[10] Si cette exclusion devait s’affirmer à la foire de Francfort, une partie significative de la littérature régionale serait victime d’un projet de politique nationale; elle accompagnerait les perspectives régionalistes ("l’Europe des régions") qui sont mises en avant par le parti au gouvernement des Verts (Bündnis 90/Die Grünen) et leurs organes d'influence (Fondation Heinrich-Böll).
 
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