Initiative allemande
Pour assurer une protection plus efficace des frontières de l'UE, le ministre allemand de l'intérieur demande la création d'une "police des frontières européenne", au sujet de laquelle il avait déjà entamé les discussions avec son homologue italien Enzo Bianco (démocrate de gauche), voila cinq ans. A l'époque, cette initiative avait surtout provoqué un tollé des pays plus petits de l'union, au motif que la création d'une telle unité venait a les déposséder d'une partie de leur souveraineté nationale, et que dans une telle agence européenne, les grands pays domineront les petits. Malgré cette résistance, Berlin avait réussi à imposer a Bruxelles un bouclage des frontières européennes [1], notamment par la création d'une Agence de protection des frontières [2]. Ceci aussi "était une initiative allemande", comme le confirmait Schilly [3].
"Reprise"
Comme l'annonçait le ministre sortant de l'intérieur, les pays africains d'origine des migrants seront sous la menace de sanctions, s'ils venaient à refuser la "reprise" des immigrants non choisis. Un tel refus aurait "des conséquences sur la coopération économique et politique", explique Schilly dans le contexte du drame des réfugiés marocains.[4] Ces affirmations sont a interpréter comme des menaces et contribuent a faire évoluer les positions. Entre-temps, plusieurs pays africains se sont déclarés prêts à accueillir les migrants détenus au Maroc et à prendre en charge leur déplacement.[5] Déjà la semaine dernière s'était propagé dans la presse allemande l'écho de la politique extérieure allemande, qui déclarait vouloir s'occuper des "pays contributeurs" [6], si le flux de migrants vers l'Europe ne se laissait pas endiguer autrement.
Condamnés à mort
Pour diminuer la pression mise sur elles par les pays de l'UE, les autorités marocaines ont continué la déportation des réfugiés, qui sont déposés et livrés à eux-mêmes dans des régions désertiques. Des organisations défendant les droits de l'Homme relatent le cas de plus de 2000 personnes, qui doivent être reconduites à la frontière avec la Mauritanie. "Une fois libérés, les réfugiés sont livrés à eux-mêmes, ce qui équivaut à les condamner à mort", raconte le porte-parole, qui insiste sur la situation déjà désolante dans laquelle se trouvent ces personnes: "Ils ont les mains attachées et ne reçoivent plus de nourriture ni d'eau depuis deux jours" [7]. Plus de 1000 migrants sont portés disparus, des survivants parlent de nombreux morts. Les conséquences de la politique aux frontières de l'UE, qui, selon des estimations, à coûté depuis 1991 la vie de 12000 à 14000 personnes qui avaient tentées de franchir le détroit de Gibraltar [8], a été mise a profit par des politiciens peu scrupuleux pour exiger du Maroc qu'il respecte les droits de l'Homme.[9]
Mesures d'aide
Bien qu'il soit connu que les autorités militaires et policières marocaines lâchent les immigrants non désireux à la frontière algérienne [10], celles-ci bénéficient depuis de nombreuses années des aides publiques pour la formation ainsi que des livraisons étendues de matériel en provenance d'Allemagne. Ainsi, depuis 1999, l'école de formation du service fédéral de protection des frontières à dispensé a plusieurs reprises des formations à du personnel de répression marocain. Selon le ministère de la défense, des conseillers militaires allemands sont a pied d'oeuvre et forment les forces déployées a proximité des villes espagnoles de Ceuta et Melilla [11]. De nombreux officiers marocains ont fait leurs études dans les écoles de formation de la Bundeswehr a Hambourg et Munich. Dans le même temps, les livraisons de matériel militaire ont nettement augmenté au cours des dernières années :alors qu'en 2000, le montant de celles-ci n'était que de 2.8 millions d'euros, il est passé en 2002 à 4.5 millions d'euros, puis à environ 7 millions en 2003. Une grande partie de ces livraisons concernaient des camions et d'autres véhicules tout terrain, qui trouvent aussi une application dans le contrôle de frontière.
Instruction
Le réarmement civil et militaire des autorités marocaines est complété par un accord d'association avec Berlin et les autorités de l'UE, qui comportent notamment un "dialogue permanent sur des questions de la migration clandestine".[12] Cet accord est en vigueur depuis mars 200. En 2004, la représentation de la fondation politique Friedrich Ebert a Rabat a organisé une série de manifestations sur le thème de la migration, orientés spécifiquement sur la lutte contre les réfugiés. La réunion de mercredi prochain des ministres de l'intérieur et de la justice de l'UE portera à nouveau sur la coopération avec le Maroc. Déjà la semaine passée, la commission européenne a octroyé au Maroc 40 millions d'euros d'aides.[13] Ces aides sont destinées a des investissements pour étendre les installations de contrôle aux frontières ainsi que des centres de stockages. En fait, ces aides profiteront à des groupes de haute technologie européens, qui étudient des systèmes de barrières de haute technologie, et en ont déjà retiré des milliards d'euros de bénéfices en Europe de l'Est.[14] Pour l'instant, aucune information n'est en revanche disponible sur des aides humanitaires de la part de Berlin ou de l'UE pour les déportés, dont la vie est toujours en danger. D'ailleurs, il n'existe aucun chiffre officiel du nombre de personnes mortes alors qu'elles tentaient de rentrer illégalement sur le sol de l'îlot de prospérité européen, et ce ni a Berlin, ni à Bruxelles.
