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Le noyau
27.07.2004
BAD OLDESLOE/JUBA (Enquête de german-foreign-policy.com)
Les ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne exigent su Soudan le désarmement de milices arabes et ils menacent ce pays de sanctions s'il ne s'exécutait pas. L'UE se range en fait aux souhaits du gouvernement allemand qui souhaite, grâce à sa politique au Darfour, accroître l'influence allemande au Soudan. Entretemps, le gouvernement autoproclamé du Sud-Soudan, auquel la politique de Berlin procure un soutien, a confié à une entreprise allemande (Thormaehlen Schweisstechnik) la construction d'une ligne de chemin de fer dont le montant se compte en milliards. Le porte-parole de l'entreprise l'a confirmé à notre rédaction, ce projet conduit par des Allemands servira à l'exploitation de sources de matières premières récemment découvertes au Sud-Soudan et constituera le noyau d'une future zone est-africaine de libre-échange. Il entre en conflit avec les intérêts pétroliers de la République Populaire de Chine.
Prendre l'initiative
En intervenant dans la crise du Darfour, Berlin a réussi à renforcer l'influence allemande au Soudan au détriment des puissances anglo-saxonnes. Les négociations de paix entre le gouvernement central de Khartoum et l'organisation rebelle SPLM/A, qui étaient menées depuis juin 2002 au Kenya, l'étaient sous le patronage plus spécifique des Etats-Unis et de l'ancienne puissance coloniale britannique. 1)Le gouvernement allemand réclame une politique plus dure vis-à-vis du Soudan et donne le la, depuis des mois, au débat international. 2)Kerstin Mueller, Staatsministerin au ministère des Affaires étrangères, a envisagé publiquement pour la première fois dès la fin décembre 2003 une intervention de la Bundeswehr au Soudan. Peu de temps après, début 2004, l'entreprise Thormaehlen Schweisstechnik commençait à négocier pour obtenir la construction de la ligne de chemin de fer menant de Juba, au sud du Soudan, au port kenyan de Mombasa.

Contre la Chine
Lors de l'attribution du projet de ligne de chemin de fer, l'entreprise allemande s'est imposée au détriment d'une entreprise chinoise qui était aussi sur les rangs pour obtenir la construction de cette voie de communication. 3)La République populaire de Chine cherche, depuis un moment, à garantir ses besoins croissants en énergie en assurant elle-même l'exploitation de gisements pétroliers. Des entreprises chinoises sont à présent partie prenante à l'exploration de champs pétrolifères au sud du Soudan et ont joué un rôle majeur dans la construction d'un pipeline rejoignant le port de Soudan, dans le nord du pays, réalisation qui risque, à présent, d'être rendue inutile. Le ministre allemand des Affaires étrangères a, voici quelques jours, mené d'intenses négociations avec les dirigeants chinois, lors d'une visite à Pékin, concernant la crise du Darfour. Le gouvernement chinois a jusqu'à maintenant refusé de donner son appui à des sanctions contre Khartoum au conseil de sécurité de l'ONU.

Anschluss
Ainsi que l'a déclaré le porte-parole de l'entreprise Thormaehlen à notre rédaction, on a découvert, dans les cinq dernières années au sud-Soudan, région où se déroule actuellement la guerre civile, outre de l'or et des diamants en quantité, d'imenses réserves pétrolières, qui n'ont pas pu encore être exploitées du fait des combats. D'après des estimations récentes, il pourrait s'agir des deuxièmes réserves au monde. Afin d'éviter l'acheminement des matières premières par le ,,territoire arabo-musulman"du nord du Soudan, on envisage, ,,depuis deux ans et demi"un axe de transport qui aille du sud du Soudan au Kenya. La ligne de chemin de fer entre Juba et Mombasa actuellement en construction, doit - toujours selon le porte-parole de l'entreprise - permettre ,,le rattachement (Anschluss) au monde occidental". De plus, selon l'entreprise allemande, il y aura ,,certainement, à terme, un pipeline qui ira au sud".

Se rendre indispensable
Entretemps, la planification des chemins de fer avance. Le projet ne doit pas seulement servir à l'exploitation des champs pétrolifères mais relie le sud du Soudan au Kenya et sert à l'émergence d'un territoire économique est-africain orienté vers l'Occident. Comme Thormaehlen Schweisstechnik l'a confirmé à notre rédaction, on est passé d'un projet de 2.500 km à celui de 4.100 km de lignes de chemin de fer, et ,,ce n'est qu'un début". De nombreux projets ultérieurs tels que le transport fluvial sur le Nil ou l'installation d'un réseau de télécommunications) ont été envisagés. ,,La plupart des experts partent du principe qu'il y aura une partition du Soudan", nous assure-t-on chez Thormaehlen, où l'on est en négociations directes avec le gouvernement kenyan et la direction du mouvement rebelle du Sud-Soudan. Le mouvement SPLM/A, le Kenya et l'Ouganda projetteraient une ,,zone de libre-échange sur le modèle européen". L'entreprise allemande joue un rôle central dans la conception d'un tel projet: ,,Rien ne pourra se faire sans la ligne de chemin de fer", déclare-t-on chez Thormaehlen. Le projet semble approprié, selon la presse kenyane, ,,pour changer la géographie politique du continent".

1) Sudan: Oelfirmen verstossen gegen Menschenrechte; www.hrw.org
2) voir aussi Diviser pour régneret Les missions de la puissance tutélaire
3) German Consortium to Build Sh230b Railway; The East African Standard 19.07.2004
 
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