Comme l'a confirmé la Cour Européenne de Justice, la
Fondation a fait valoir jeudi dernier qu'elle bénéficierait de
la protection de la Convention européenne des Droits de l'Homme. Si
la Fondation avait déjà été effectivement indemnisée en 1994 pour
la confiscation de ses biens après 1945, les héritiers d'Alfred
Toepfer estiment aujourd'hui que cette indemnisation est
,,bien en dessous de la valeur actuelle à la revente"de
l'ancienne propriété mise par la Fondation au service du régime
nazi.
Monde aryen
Au nombre des propriétés de la Fondation Toepfer mises par
Alfred Toepfer lui-même à la disposition du régime hitlérien
figurait entre autres le domaine de Kalkhorst, qui servit jusqu'en
1945 d'
,,Ecole des Cadres"(
,,Reichsführerschule"). C'est là qu'étaient formés des
collaborateurs étrangers du Troisième Reich destinés à occuper les
différents postes de la hiérarchie nazie dans la quasi totalité des
pays européens occupés. A l'origine de ces projets, on trouve la
réalisation d'un
,,nouvel ordre"racial du continent sur la base de critères
ethniques. Le mécène (Alfred Toepfer) donna lui-même à Kalkhorst
des conférences sur la race au cours desquelles il appelait à
l'unité raciale du monde aryen (
,,camarades de race"/
,,Blutsgenossen").
Le mécène
Pendant la deuxième guerre mondiale Alfred Toepfer, négociant
à Hambourg, était en poste à Paris où il a participé à
l'organisation de l'intendance de l'occupant allemand. Comme l'ont
établi des historiens français
1), les firmes d'Alfred Toepfer ont également
approvisionné les autorités allemandes d'occupation en Pologne. Ce
sont elles qui vendirent aux autorités allemandes la chaux vive
destinée à recouvrir les cadavres des fosses communes du ghetto de
Lodz. Toepfer surmonta les crimes nazis après une courte détention.
Il investit alors son argent sale dans de nouvelles activités
ethnicistes. Selon les mêmes sources
2), Alfred Toepfer a employé après la guerre - dans ses
firmes d'Allemagne fédérale - plusieurs criminels de guerre nazis,
dont le responsable de la déportation de 400.000 (quatre cent
mille) citoyens hongrois d'origine juive. Dans les années soixante,
Toepfer a subventionné un auteur nazi: Thies
Christophersen, qui a bâti sa réputation par la négation des
crimes d'Auschwitz.
Traditions et coutumes
Le passé et les continuités de la Fondation ont donné lieu à
de nombreux scandales en France: des prix de la Fondation décernés
par le mécène Toepfer durent être supprimés. Ainsi, le
,,Prix Strasbourg"a été supprimé en 1996 à la suite de
protestations d'historiens et sous la pression de la Municipalité
et de l'Université de Strasbourg. En décembre 2002, une tentative
de réhabilitation de la Fondation à l'Institut Historique Allemand
à Paris (IHAP) a échoué, à la suite de nouvelles protestations
d'historiens. Malgré une interpellation au Parlement suisse, en
avril 1999, au cours de laquelle Alfred Toepfer avait été qualifié
de criminel nazi
3)- et en dépit d'activités pour le moins douteuses dans
les milieux ethnicistes - , la Fondation n'a jamais été inquiétée
en Allemagne. Mieux même: Lothar Spaeth, ancien ministre-président
du Bade-Wurtemberg n'a pas hésité à accepter, en janvier 2003, à
Colmar, un prix décerné par la Fondation Goethe, à Bâle, filiale de
la Fondation Toepfer de Hambourg. La ministre du gouvernement
fédéral allemand pour la Culture et les médias: Christina Weiss,
,,directement placée sous l'autorité du Chancelier
Schroeder", s'est mise au service de la Fondation Toepfer, à
Hambourg. C'est pour le compte de cette fondation que madame
Christina Weiss ouvre
,,en faveur des traditions et coutumes"de la Ville
Hanséatique de Hambourg.
1) Vers la réhabilitation d'une fondation allemande au lourd passé au service du nazisme, grâce aux bons offices de l'Institut Historique Allemand à Paris?
2) Remise du Prix Joseph Rey de la fondation allemande Johann Wolfgang von Goethe-Stiftung de Bâle, le samedi 11 janvier 2003 à Colmar, à M. Lothar Spaeth, ancien ministre-président du land de Bade-Wurtemberg
3) Interpellation au Sénat du Canton de Bâle 12.04.1999.
1) Vers la réhabilitation d'une fondation allemande au lourd passé au service du nazisme, grâce aux bons offices de l'Institut Historique Allemand à Paris?
2) Remise du Prix Joseph Rey de la fondation allemande Johann Wolfgang von Goethe-Stiftung de Bâle, le samedi 11 janvier 2003 à Colmar, à M. Lothar Spaeth, ancien ministre-président du land de Bade-Wurtemberg
3) Interpellation au Sénat du Canton de Bâle 12.04.1999.




